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Vendredi 13 juin 2008
The Lisbon Treaty has been rejected by Irish voters sparking a crisis for plans to reform European Union structures.

A total of 53.4 per cent of the elecorate voted to reject the treaty, while 46.6 per cent voted in favour. All but eight constituencies rejected the treaty, with a total of 752,451 voting in favour of Lisbon and 862,415 votes against. Turnout was more than 51 per cent.

The founder of Libertas, Declan Ganley, who campaigned for a No vote, said: "The Irish people have rejected the Lisbon Treaty. "it is a great day for Irish democracy", he added.

"This is democracy in action . . . and Europe needs to listen to the voice of the people," Mr Ganley said. He added that the Taoiseach, Brian Cowen, "has a mandate to go back to Europe and do the best job possible".

par Site des Chevenementistes
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Lundi 2 juin 2008
LE MONDE | 02.06.08 | 13h46  •  Mis à jour le 02.06.08 | 13h46

i le projet de loi de révision constitutionnelle, assorti de l'amendement surprise adopté à l'Assemblée nationale le 22 mai, va au bout de son parcours parlementaire, la Ve République reviendra, pour une part, sur le chemin emprunté par la IIIe. Soucieux de cimenter définitivement l'unité nationale, les instituteurs, les "hussards noirs" de cette République-là, avaient mis beaucoup d'énergie, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, à extirper de la vie quotidienne des élèves de l'école publique tout ce qui était patois et parlers locaux.

Un siècle après, les régionalistes prennent une petite revanche sur les instituteurs républicains. Parti, il y a une vingtaine d'années, des seules mouvances régionalistes, autonomistes, voire indépendantiste pour la Corse, le militantisme en faveur des langues régionales s'est élargi pour gagner les sphères politiques classiques. Jusqu'à déboucher sur le vote presque unanime des députés, désireux d'inscrire dans la Constitution que les langues régionales font partie du "patrimoine" de la France. Quelques semaines auparavant, pour la première fois dans l'histoire de la Ve, un débat sans vote avait été organisé au Parlement, le 7 mai à l'Assemblée, le 13 mai au Sénat.

En Bretagne, des élus de tous bords, en particulier des socialistes comme Bernard Poignant ou Marylise Lebranchu, ancienne ministre de la justice, ont rejoint depuis longtemps les rangs des défenseurs du breton et des autres langues régionales. Ainsi, dans un rapport pour Lionel Jospin, alors premier ministre, M. Poignant affirmait déjà, en 1998, que ces idiomes faisaient partie du "patrimoine" de la République. Même dans des régions comme la Picardie, à l'identité moins affirmée que l'Alsace, la Bretagne ou la Corse, les efforts en faveur du parler picard s'intensifient.

Pour tous les militants ou sympathisants des langues régionales, le symbole d'une garantie constitutionnelle est bien sûr très fort. Toutefois, le pas décisif, de leur point de vue, reste à franchir. Il s'agit de la ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires.

En France, l'affaire de la charte a fourni la matière d'un long feuilleton. Ce texte a été adopté par le Conseil de l'Europe en 1992. Il est signé par dix-neuf Etats membres, ratifié par quinze. Au départ, la France ne figure dans aucune des deux listes. Jacques Chirac en 1996, puis M. Jospin en 1998, ont tenté de faire bouger les lignes, mais le Conseil d'Etat et le Conseil constitutionnel se sont toujours opposés à la ratification. En effet, depuis une révision constitutionnelle de 1992, l'article 2 du texte fondamental précise que "la langue de la République est le français". Conçu au départ pour lutter contre l'envahissement de l'anglais, cet ajout s'est retourné contre les langues régionales.

En 1996, consulté par Alain Juppé, premier ministre de M. Chirac, le Conseil d'Etat juge que cette rédaction rend impossible l'adhésion à la charte. Dans une conversation avec des élus bretons, le président de la République s'était dit d'accord avec les principes du texte, mais avait demandé à M. Juppé d'y regarder de plus près. Deux ans plus tard, M. Jospin, alors premier ministre du même Jacques Chirac, s'appuie au contraire sur une expertise du constitutionnaliste Guy Carcassonne pour engager le processus de signature. Le 7 mai 1999, le gouvernement de cohabitation signe le document, avec un blanc-seing officiel du président de la République. Le texte doit être soumis à ratification en 2000. Mais, avant même la signature, le Conseil constitutionnel, saisi par M. Chirac, suit un raisonnement différent pour arriver au même avis que le Conseil d'Etat. M. Jospin propose une révision constitutionnelle, M. Chirac la refuse en juin 1999.

Depuis, le dossier est resté dans les cartons. Les adversaires de la charte mettent surtout en avant les obligations qu'elle entraînerait, par exemple la possibilité pour un justiciable d'exiger un procès dans sa langue régionale, qui paraissent contraires à la conception française de la République et imposeraient coûts et lourdeurs administratives inenvisageables. Les partisans de l'adhésion à la charte rétorquent que ce texte est une sorte de "libre-service", dans lequel les Etats choisissent les alinéas qu'ils souhaitent mettre en oeuvre sans aucune obligation de choisir les plus contraignants. C'est ce qu'avait fait valoir M. Carcassonne.

BESOIN DE RACINES

En fait, les langues régionales, ou en tout cas la ratification de la charte qui officialiserait leur reconnaissance, suscitent toujours un sursaut d'inquiétude chez certains politiques. Ainsi, pour refuser la révision constitutionnelle proposée par M. Jospin, M. Chirac avait jugé que celle-ci "porterait atteinte aux principes fondamentaux de notreRépublique". De même, le 7 mai à l'Assemblée, la ministre de la culture, Christine Albanel, avait précisé que la ratification serait "contraire à nos principes". Lors du débat au Sénat, Jean-Luc Mélenchon (PS) avait été encore plus clair. "Fier d'être jacobin", il avait traité de "sectes" les écoles Diwan qui pratiquent un enseignement bilingue français-breton.

De façon plus ou moins explicite, les adversaires de la reconnaissance des langues régionales les jugent inutiles voire dangereuses, porteuses de ferments de communautarisme. Ils soupçonnent toujours le patriotisme ou même les convictions républicaines de leurs défenseurs. Ainsi les militants du breton traînent comme un boulet les sympathies pronazies, pendant la seconde guerre mondiale, d'un autonomiste historique, Olier Mordrel.

A l'inverse, les défenseurs des langues régionales qui, dans leur quasi-totalité, sont étrangers à toute idée d'indépendance, se prévalent d'un esprit de tolérance, d'acceptation des cultures minoritaires. Ils soulignent que le besoin de racines, la revendication d'une identité régionale, sont un corollaire de la globalisation. Ils ne pensent pas que la survie et l'usage des langues régionales menacent l'unité de la France. Au contraire, le refus de cette expression n'aboutirait selon eux qu'à exacerber un sentiment d'injustice.

Dans l'immédiat, les défenseurs des langues régionales se mobilisent déjà pour rouvrir le dossier de la charte. Le vote massif du 22 mai, s'il se traduit bien dans la Constitution, peut-il préfigurer un nouveau choix parlementaire en faveur de la charte, malgré le refus prévisible du gouvernement ? Dans ce cas, Mme Lebranchu "ne voit pas comment le Conseil constitutionnel pourrait s'opposer à la ratification" du texte européen.


Courriel : andreani@lemonde.fr.
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Lundi 2 juin 2008
LE MONDE | 31.05.08 | 15h07  •  Mis à jour le 31.05.08 | 15h07

e glisser dans une robe parfumée. S'endormir dans un pyjama anti-stress. Aborder le dance-floor en rayonnant de lumière... Bienvenue dans l'ère du textile intelligent. Demain, peut-être, nos vêtements nous soigneront, nous protégeront du froid ou du chaud, éloigneront les insectes. Mais l'habillement sera loin d'être le seul domaine concerné. "Je vois du textile partout", telle pourrait être la chanson d'une reconversion en marche. Maison, transport, route, santé, agro-ressource, cosmétique, sport et loisir : naturelles ou synthétiques, les fibres n'ont plus de limite. Adaptation à la concurrence asiatique oblige.

Le premier démantèlement des quotas par l'Union européenne, le 1er janvier 2005, n'a fait qu'accentuer le phénomène. "Dès les années 1990, le marché textile était entré dans une ère nouvelle", analyse Xavier Flambard, directeur, à Roubaix, de l'Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles (Ensait). "Nous avons connu une large délocalisation de la production, vers le Maghreb d'abord, puis vers la Chine. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de textile en Europe. On en vend beaucoup plus dans le monde qu'il y a trente ans. Et on a besoin de bien plus d'ingénieurs !" Pour concevoir des textiles de plus en plus techniques, donc à haute valeur ajoutée.

Deuxième producteur de textiles techniques après l'Allemagne, la France a su pister de nouveaux marchés. Dans le département du Nord, haut lieu de l'industrie textile traditionnelle, les manufactures du XXIe siècle sont en train de prendre forme. A Lille notamment, où le pôle de compétitivité Up Tex fédère plus de 300 entreprises. Trente-cinq de ses projets sont aujourd'hui labellisés, qui couvrent des secteurs aussi divers que l'habillement, la maison et l'habitat, les transports, la santé, l'alimentaire ou le géotextile (le soubassement des routes). Son coeur sera le Centre européen des textiles innovants (CETI), qui verra le jour en 2011 entre Roubaix et Tourcoing.

"Avec son plateau technique unique en Europe, ce centre de recherche et de développement entrera dans les cinq premiers mondiaux, les autres étant en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon", expose Stephan Vérin, qui pilote le projet sous la tutelle d'André Beirnaert, président pour la région Nord de l'Union des industries textiles (UIT). Cette structure privée sera dirigée par des industriels, mais s'appuiera sur les universités et les écoles d'ingénieurs de Lille, Douai ou Gand (Belgique).

"Le gros de la crise passé, il n'y a paradoxalement jamais eu autant de débouchés qu'aujourd'hui", souligne M. Vérin. Avec un changement radical : désormais, les technologies du textile se développent dans des industries non textiles, tandis que les technologies non textiles trouvent de nouveaux débouchés dans les entreprises textiles. "Les emplois que nous allons créer au CETI concerneront aussi bien l'électronique que la biologie ou la géologie. Des chercheurs de tous les domaines seront associés", poursuit-il. De plus en plus, les ingénieurs en textile collaboreront avec des professeurs de médecine, des architectes, des ingénieurs en aéronautique.

M. Vérin donne un exemple : celui de Cousin Biotech, à Werwicq, spécialisée dans les textiles implantables. "Cette entreprise utilise les compétences de médecins et d'ingénieurs mais, au final, le produit est confectionné par les ouvrières sur des machines à coudre !" Sauf que ces ouvrières ne travaillent pas à l'usine, mais dans des salles blanches, sous atmosphère hautement contrôlée... Une reconversion saisissante pour cette société passée maîtresse depuis des décennies dans l'art du retordage, du tressage et de la transformation des fils, à laquelle un client demanda un jour de lui tresser des ligaments artificiels à base de polyester. Vingt ans plus tard, le groupe est parmi les leaders mondiaux des textiles chirurgicaux. Au point d'avoir pris comme directeur... un médecin.

"En matière de santé, précise-t-on à l'Ensait, l'objectif est d'utiliser des fibres médicales biocompatibles en abaissant leur coût." Le PLA, par exemple, un acide polylactique dont la pureté doit être impeccable. Lorsque les chercheurs auront trouvé le moyen de le fabriquer à moindres frais, il constituera un matériau idéal pour le fil de suture ou la reconstruction osseuse. De même parviendra-t-on peut-être un jour à fabriquer de la peau artificielle... en tissant du collagène.

Autre domaine prometteur, les transports. L'Ensait, qui abrite le Gemtex, un laboratoire de 60 chercheurs en génie et matériau textile, a signé à cet effet, en 2006, une convention avec l'Institut catholique d'arts et métiers (ICAM) de Nantes. L'enjeu : développer la recherche de structures textiles à très haute résistance pour l'industrie aéronautique, Airbus notamment. "Le passager ne sait pas toujours que si l'A380 se soulève, c'est grâce à ses ailes en textile", s'amuse M. Vérin. Avion, train ou voiture, tous les constructeurs rêvent de voyager léger - raison pour laquelle Up Tex vient de conclure avec l'Etat un projet de 3,5 millions d'euros sur les composites. Des matériaux alliant des fibres et une matrice, qui permettront de remplacer le métal et l'aluminium pour alléger les avions. Mais aussi de diminuer le poids des raquettes de tennis ou des monoplaces formule 1, grâce à la fibre de carbone ou de verre.

De plus en plus, ingénieurs en électronique et en textile vont également s'associer. "A court terme, nous fabriquerons des interfaces hybrides, mélange d'électronique classique et de textile, explique Vladan Koncar, professeur à l'Ensait. A plus long terme, nous créerons véritablement de l'électronique textile." De l'électricité sera peut-être produite par les vêtements de millions d'individus à partir de l'énergie solaire, offrant une alternative à la production d'électricité centralisée. Des cellules photovoltaïques flexibles intégrées aux habits permettront, par exemple, de recharger son téléphone... De nombreuses applications de ce type sont en développement, notamment au Japon et en Allemagne, pays leaders car non inféodés au nucléaire.

Reste la part du rêve... et de l'inimaginable. "On estime à 70 % les applications des textiles techniques qui existeront dans dix ans sans être connues aujourd'hui", juge M. Flambard. Leurs futurs usages seront loin d'être tous visibles, et nous ne saurons même pas que tant de fibres nous entourent. Mais nous aurons appris comment faire des économies d'énergie dans nos maisons : en leur ajoutant, l'hiver, une peau textile.


Geoffroy Deffrennes (correspondant à Lille)
par Site des Chevenementistes publié dans : Europe International
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Jeudi 29 mai 2008
Rappel du courrier électronique précédemment envoyé:

Réunion MRC chez Christine
Samedi 31 mai 2008 à 10h30


par Site des Chevenementistes publié dans : Fédération de Loire Atlantique
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Jeudi 22 mai 2008
    Non contents de n'avoir rien fait sur l'essentiel et depuis tant d'années, nos technocrates ont pris l'habitude de se rattraper sur le superflu. Dernier exemple ? La refonte imminente, mais, espérons-le, pas inéluctable, de nos bonnes vieilles plaques minéralogiques.

    Force est de constater que les plaques d'immatriculation de nos véhicules ne répondaient plus aux critères de convergence du savoir-vivre tels qu'ils sont édictés à Paris ou Bruxelles. Pensez-vous ! Permettre au quidam de reconnaître, d'un simple coup d'oeil, le département d'immatriculation de tout véhicule, d'identifier de loin la voiture d'un ami de passage ou de se méfier d'un conducteur qui ne connaîtrait pas la région alors que, comme chacun sait, le monde mondialisé est à tout le monde... quelle balourdise !

    Heureusement, nos technocrates nous ont mijoté en douce une toute nouvelle plaque minéralogique à la sauce du progrès. Elle présentera dorénavant, pour notre plus grand bien, une succession de chiffres et de lettres attribuée au niveau national, sans aucun signe distinctif d'un département, d'une ville ou d'une quelconque région. Un numéro de série qui n'évoquera plus qu'un univers insondable de paperasses obscures et de fichiers barbares. L'aléa mathématico-administratif enfin reconnu à sa juste valeur en lieu et place de la représentation d'un territoire.

    Précision : si le propriétaire du véhicule le désire, l'administration lui permettra, suprême tartufferie, d'ajouter sur sa plaque, à la suite de son numéro de série mais en plus petit, le numéro de département de son choix (!), voire tout autre macaron à connotation vaguement géographique. Quelque chose du genre "Toulousain malin", "Bienvenue chez les Ch'tis" ou "Fier d'être Marseillais". Rien que de très conforme à la veine folklorico-touristique qui, dans cette époque où le ridicule ne tue plus, semble devoir faire office d'aménagement du territoire.

    Qu'est-ce qui motive les hommes et les femmes, car il y en a forcément, à l'origine de ce fumeux projet ? Quel grand dessein anime ces cerveaux ? De quel bois révolutionnaire se chauffent-ils ? Sont-ils insensibles au point de ne pas comprendre que, sur une aire d'autoroute normande, dans un village des Vosges et même place de l'Etoile, la vision d'une Clio blanche immatriculée 75 ne procure pas exactement le même effet que la vision d'une Clio blanche immatriculée 74, toutes options du véhicule étant égales par ailleurs ? Comme une manière quotidienne et plaisante, pour le petit peuple, d'appréhender le réel, de ne pas se noyer dans le tourbillon sans âme d'un monde anonyme.

    Jusque-là, en matière de bagnole, chacun avait à peu près saisi le discours : les phares blancs, c'était pour mieux y voir ; les plaques jaunes et blanches, pour mieux être vu. Mais là, avec ces plaques fantomatiques, pas l'ombre du début d'un argument... Etait-ce trop simple d'ajouter une quatrième lettre là où trois ne suffisaient plus ? Si difficile, pour une fois, de ne rien réformer du tout ?

    Face à cette stupéfiante décision, une seule explication paraît tangible : permettre enfin à nos talentueux décideurs de ne plus avoir à arborer un rictus emprunté quand, au volant de leurs berlines estampillées 92, 78 ou 75, les beaux jours revenus, ils arpentent en famille les chemins du Lubéron, du Lot, de Bretagne, de Corse... Mais s'ils ne sont pas l'aise avec la France telle qu'elle est, riche en provinces et jalouse de ses charmes, proposons-leur une alternative bien plus radicale : partir en avion, et gagner la clémence de tropiques sans histoire. Ou bien, qu'ils restent en France et qu'ils se mettent au vélo. Mais au moins, qu'ils nous laissent nos plaques !

par Site des Chevenementistes publié dans : Republique Nation
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Mercredi 30 avril 2008
(NDLR: un article qui répond à la question de Bruno: comment est il possible d'engager un sans papier compte tenu des demandes nombreuses de l'administration pour toute embauche...)

LEMONDE.FR | 30.04.08 | 19h15  •  Mis à jour le 30.04.08 | 20h50

hristian Gabet, secrétaire de l'Union locale CGT du 13e arrondissement de Paris, soutient 28 salariés sans papiers en grève qui occupent un chantier dans l'arrondissement afin d'obtenir leur régularisation.

Comment le mouvement a été lancé ?

Ces actions sont parties de ce qui s'est passé dans l'Essonne avec Modelux et Buffalo Grill puis avec le restaurant de la Grande Armée à Paris [sept cuisiniers en situation irrégulière ont été régularisés après une grève en février]. Des salariés sans papiers sont venus nous voir et nous ont demandé de les aider : on a préparé cette action avec eux, en secret. Quand tout a été prêt, la grève a été lancée, le 15 avril, à 8 heures. A cette date, il y avait douze sites avec vingt entreprises concernées. Mercredi 30 avril, il y a quatorze sites avec une trentaine d'entreprises et six cents salariés en grève.

Comment parvient-on à se faire embaucher quand on est sans papiers ?

Il y a deux façons : soit on présente de faux papiers, soit on emprunte l'identité d'une autre personne. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Une grande partie des employeurs savent que leurs salariés sont sans papiers. Surtout qu'avec les dernières lois, ils ont obligation de contrôler. Il y a aussi l'Urssaf et les impôts auxquels les salariés cotisent.

En fait, les entreprises en profitent : quand vous avez la moitié de votre masse salariale qui est plus ou moins déclarée et que vous les payez de la façon la plus basse possible, vous gagnez des parts de marché. D'ailleurs, quand le mouvement a commencé, certains employeurs ont parlé de concurrence déloyale.

Que pensez-vous de la réponse apportée par le gouvernement ?

Le gouvernement continue de ne pas vouloir faire de régularisations massive mais il devra y venir. C'est une réalité : il faudra légiférer pour donner les moyens à ces salariés de travailler légalement.

La grande majorité des gens qui sont là ont un contrat de travail, un salaire, certains cotisent à la Sécurité sociale, paient des impôts. Mais quand un salarié sans papiers se blesse, la plupart du temps, son employeur arrête son contrat de travail... qui ne reprend qu'au retour du salarié. Par conséquent, les salariés sans papiers ne tombent pas malades parce qu'ils ont peur de perdre leur travail. Ils n'arrivent pas non plus en retard, sinon ils sont licenciés.

par Site des Chevenementistes publié dans : Société Travail
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Mardi 29 avril 2008
LE MONDE | 29.04.08 | 13h56  •  Mis à jour le 29.04.08 | 13h56

e pouvoir d'achat du patient ne cesse d'être grignoté.

Déremboursement de médicaments au nom d'un service médical rendu insuffisant, instauration de franchises médicales, multiplication des dépassements d'honoraires des médecins libéraux pour "compenser", disent-ils, l'insuffisance de leur revalorisation tarifaire, et enfin menace sur le remboursement des frais d'optique... la part des dépenses de santé payée par l'assuré social grossit inlassablement.

Parmi tous ces paramètres qui pèsent sur le budget santé des Français, les dépassements d'honoraires représentent un poste bien plus lourd que les nouvelles franchises. Il y a un an, le 23 avril 2007, l'inspection générale des affaires sociales (IGAS) remettait au ministère de la santé un rapport dressant un constat sévère des pratiques de dépassements d'honoraires réclamés par les médecins à leurs patients.

Exemples : pour le port d'une prothèse de hanche, 72 % des patients doivent payer de leur poche en moyenne 225 euros à l'hôpital public, et 454 euros dans une clinique privée. Pour une opération de la cataracte, 71 % doivent débourser en moyenne 91 euros dans le public et 200 euros dans le privé. Sans compter les dépassements dans les cabinets médicaux en ville lors des consultations. Constatant que ces dépassements, qui ont augmenté "de plus de 40 % en dix ans en valeur réelle", sont devenus "une pratique majoritaire chez les spécialistes" et ont représenté 2 milliards d'euros sur un total de 19 milliards d'honoraires, l'IGAS concluait : "Cette pratique est devenue un obstacle à l'accès aux soins."

Un an plus tard, les discours des responsables politiques affirmant qu'il est nécessaire de revoir ce système ne manquent pas. "Il faut s'attaquer aux dépassements d'honoraires, a affirmé à plusieurs reprises la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, parce qu'ils constituent un problème majeur d'accès aux soins." Le 6 février, Nicolas Sarkozy demandait que les états généraux de la santé puissent déboucher sur des mesures de "régulation des dépassements d'honoraires".

Tout le monde a une complémentaire santé, rétorqueront les plus optimistes. Malheureusement, cela ne suffit plus. Si 85 % des Français sont couverts par une mutuelle ou une assurance complémentaire, la prise en charge des dépassements d'honoraires n'est ni générale ni illimitée et varie considérablement suivant les contrats souscrits. Une récente étude de l'Union nationale des organismes d'assurance-maladie complémentaire (Unocam) montre que 40 % des personnes disposant d'une couverture complémentaire ne sont pas du tout remboursées des dépassements et que seulement 20 % bénéficient d'une prise en charge entre 100 % et 120 %. En 2005, sur la totalité des honoraires médicaux, la Sécurité sociale en a pris en charge 71 %, les complémentaires santé 18 % les ménages 9 % et l'Etat 2 % (CMU). "La tendance récente est marquée par une limitation de la prise en charge des dépassements", souligne l'Unocam.

Le gouvernement dit s'inquiéter de ces dérives mais il n'a pris aucune mesure concrète. Même l'obligation faite aux médecins d'informer préalablement par écrit le patient sur les tarifs pratiqués n'est toujours pas appliquée. Cette décision, qualifiée de "mesure vexatoire" par certains syndicats, apparaît comme le minimum. Mais le ministère de la santé est incapable de fournir une date de publication de l'arrêté qui fixera le seuil à partir duquel cette information sera "obligatoire". La loi a pourtant été votée en décembre 2007.

Cette question des dépassements d'honoraires est une vieille histoire chargée de non-dits. Déjà, en 1992, Claude Béraud, médecin-conseil de la Caisse nationale d'assurance-maladie, s'en prenait aux "dépassements excessifs". Pourquoi le dossier traîne-t-il ? Prosaïquement, parce qu'il ne change rien aux comptes de la Sécu. Payés par les complémentaires santé et les patients, les dépassements ne sont pas une source d'économies potentielles pour l'assurance-maladie. Cette dernière exerce peu de contrôles et encore moins de sanctions contre les praticiens indélicats. Quant aux patients, ils n'osent pas porter plainte. De plus, les dépassements sont légaux et autorisés. Mais le fameux "tact et mesure" dont sont censés faire preuve les médecins n'a pas de définition législative ou réglementaire.

SYSTÈME À BOUT DE SOUFFLE

Ce sujet irrite les syndicats de praticiens. Pour la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), la majorité des dépassements correspond "à une inadéquation entre les valeurs des actes retenus pour le remboursement par l'assurance-maladie et leur coût réel pour les médecins", ainsi qu'à une "répercussion du coût des assurances professionnelles des spécialités à risque". Aux yeux de la CSMF, la seule solution pour faire barrage aux dépassements passe par une revalorisation des tarifs. Ce que l'assurance-maladie n'est pas pressée de faire. L'ordre des médecins botte en touche en expliquant ne recevoir aucune information des caisses sur les honoraires perçus par les praticiens, "ce qui limite, dit-il, toute action pédagogique et disciplinaire". Seule avancée, les assurés sociaux peuvent appeler leur caisse d'assurance-maladie pour trouver un professionnel de santé appliquant les tarifs de la Sécu. Mais une enquête publiée en mars dans L'Expansion a montré qu'il est de plus en plus difficile dans certaines régions d'être opéré sans dépassement d'honoraires.

Il est urgent d'agir. En pesant sur le budget des ménages, les dépassements d'honoraires remettent en cause l'égalité d'accès aux soins. Selon la dernière enquête de l'Institut de recherche en économie de la santé (Irdes), 14 % de la population déclare avoir renoncé à des soins pour des raisons financières. Ces renoncements se concentrent sur la santé bucco-dentaire, les lunettes et les consultations chez un spécialiste, trois secteurs où le reste à charge pour les assurés est le plus important. Plus le revenu du ménage est faible, plus le renoncement est important. Faut-il plafonner les dépassements, comme le réclament les associations de patients ? Faut-il, comme le réclament les syndicats de médecins, créer un "secteur optionnel" autorisant les médecins de secteur 1 (tarifs Sécu) à pratiquer des dépassements sur une partie de leurs activités intégralement remboursés par les complémentaires santé ? Une chose est sûre, le système actuel est à bout de souffle.

par Site des Chevenementistes publié dans : Sécurité Sociale
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Mardi 29 avril 2008
LE MONDE | 29.04.08 | 15h13  •  Mis à jour le 29.04.08 | 15h15

i le recul du chômage tend à se confirmer, l'emploi est de moins en moins protecteur contre la pauvreté. Tel est l'un des principaux constats mis en évidence par le cinquième rapport de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, qui devait être remis, mardi 29 avril, au Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, et à la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin.

Ce rapport confirme que le processus de réduction de la pauvreté globalement observé sur les deux dernières décennies marque une pause : en 2005, dernière année connue, 3,7 millions de personnes (6,3 % de la population totale) vivaient en dessous du seuil de pauvreté (681 euros par mois pour une personne seule), soit un nombre identique à celui de 2003. Et l'intensité de la pauvreté tend à s'aggraver. L'écart entre le niveau de vie médian des ménages pauvres et le seuil de pauvreté ne cessant de s'accroître depuis 2002 (16,3 % en 2002 à 18,2 % 2005), de plus en plus de personnes s'éloignent de ce seuil et "s'enfoncent" dans la précarité.

TEMPS PARTIEL

Même l'emploi protège de moins en moins contre la pauvreté. En 2003 et 2005, le phénomène des working poor (travailleurs pauvres) s'est ainsi accentué : il y a trois ans, 1,74 million de personnes, soit 7 % des travailleurs, occupaient un emploi mais étaient malgré tout dans un ménage ayant un revenu inférieur au seuil de pauvreté ; deux ans plus tôt, ils étaient 1,47 million.

La pauvreté touche d'abord des travailleurs qui connaissant de longues périodes de chômage, mais aussi ceux qui sont employés toute l'année à temps partiel (21 % des travailleurs pauvres) et les non-salariés (27 % sont indépendants).

Les difficultés des travailleurs pauvres sont aussi souvent liées à leur situation familiale. Un tiers d'entre eux a un conjoint chômeur ou inactif (contre 23 % de l'ensemble des travailleurs) et un autre tiers est sans conjoint (contre un quart de l'ensemble des travailleurs). Plus de 40 % des travailleurs pauvres ont ainsi un revenu supérieur à un smic annuel mais qui, rapporté à la composition de leur ménage et en l'absence d'autres ressources, ne permet pas de dépasser le seuil de pauvreté.

par Site des Chevenementistes publié dans : Société Travail
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Lundi 28 avril 2008
LEMONDE.FR | 24.04.08 | 19h24  •  Mis à jour le 28.04.08 | 14h04

L'intégralité du débat avec Jean-Christophe Bureau, chercheur à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), lundi 28 avril, à 10 h .


bb : Que sont les agrocarburants ? Y a-t-il une différence avec les biocarburants ?
Jean-Christophe Bureau :
Il n'y a pas de différence entre les deux. De plus en plus, on utilise le terme "agro" pour ne pas introduire de confusion avec les produits bio, sachant que les agrocarburants sont de plus en plus critiqués pour leur bilan écologique. Les agrocarburants sont essentiellement des substituts à l'essence : l'éthanol fait à partir de canne à sucre, de blé ou de betterave, et des substituts au diesel : des huiles faites à partir de colza, de soja ou d'huile de palme.

Julien_L. : Quelles céréales contribuent à la production d'agrocarburants ?

Pour les céréales destinées à l'éthanol, c'est surtout le blé, mais on peut en faire avec de l'orge, du seigle, etc.

TOTOVITCH : Peut-on avoir une réponse claire sur le bilan énergétique et environnemental des agrocarburants cultivés en France ? Il semble, en effet, que la seule étude publiée à ce sujet et commandée par l'Ademe soit entachée d'erreurs méthodologiques que l'Ademe aurait reconnues. Qu'en est-il vraiment ?
Il est très difficile de vous donner une réponse claire. Il y a peu d'études complètement indépendantes, et presque tous les chiffres publiés sont influencés par une industrie ou un groupe de pression, que ce soit les pétroliers, les céréaliers ou les betteraviers. J'ai recensé une cinquantaine d'études différentes sur le bilan environnemental, et les chiffres sont incroyablement divergents. L'étude de l'Ademe est parmi celles les plus favorables aux agrocarburants. Il en est d'autres qui trouvent un bilan beaucoup plus négatif en France. Le bilan énergétique (c'est-à-dire le rapport entre l'énergie fossile – le pétrole – économisée et utilisée) de l'éthanol à partir de blé est très médiocre. Le bilan des huiles de colza comme substitut au diesel est un peu meilleur, mais, dans les deux cas, si l'on tient compte des pollutions des eaux et d'autres aspects environnementaux, le bilan en termes d'environnement est très incertain.

bbb : Cultive-t-on déjà en masse ces agrocarburants, ou bien le débat est-il pour l'instant théorique ?
Dans trois pays, on les cultive déjà de manière importante. Il s'agit, en premier lieu, des Etats-Unis : plus de 40 % de la production mondiale (surtout de l'éthanol de maïs, mais de plus en plus du biodiesel). L'autre grand producteur est le Brésil, avec de la production d'éthanol de canne à sucre. Enfin, l'Union européenne est un producteur significatif, surtout l'Allemagne avec du colza pour le diesel.

Moka : Quel lien faites-vous entre le développement des agrocarburants et l'actuelle crise alimentaire ?

Il y a beaucoup de raisons convergentes à la hausse des prix agricoles qui crée cette crise alimentaire : la production d'agrocarburants est l'une d'entre elles, mais elle est très loin d'expliquer la hausse des prix à elle seule. Les principales raisons sont la hausse des prix du pétrole, donc des engrais, la demande des pays émergents pour des céréales, et sans doute, à court terme, de la spéculation. Les agrocarburants n'occupent qu'1 % des terres cultivables au monde, mais sur certains marchés comme le maïs, l'ambitieux programme américain d'éthanol, qui utilise plus d'un quart de la production américaine, contribue significativement à la hausse des prix. Comme on peut utiliser du blé ou du maïs dans l'alimentation animale, cette hausse se propage aux autres céréales.

Thierry : A-t-on évalué l'impact de la généralisation de la production d'agrocarburants sur les prix des produits alimentaires ?
L'INRA (l'Institut national de la recherche agronomique) en France, la FAO (l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), et l'International Food Policy Research Institute sont en train de travailler là-dessus. Il est assez difficile de mesurer la responsabilité des agrocarburants, car on a du mal à estimer la part de la spéculation dans la hausse des prix. Les chiffres préliminaires conduisent à penser que les programmes de biocarburants expliquent 10 à 25 % de la hausse des prix des céréales. C'est un chiffre bien plus faible pour les prix de l'alimentaire au consommateur en France, puisque les produits agricoles représentent en fait une part assez faible du produit fini.

kisifi : Il y a quelques semaines, la Banque mondiale a évoqué des manifestations violentes liées à la flambée des prix alimentaires dans plusieurs pays, dont Madagascar. J'habite Madagascar et je peux certifier que c'est faux, le prix du riz est même inférieur à celui de l'an passé. Est-ce que cette "crise alimentaire" actuelle qui sert d'argument aux opposants aux agrocarburants existe vraiment ?
Je suis à Paris, où la crise est peu visible, mais je ne crois quand même pas au complot. Les prix des céréales ont flambé. Si l'on considère que, il y a quelques années, le prix moyen du blé était de l'ordre de 90 euros la tonne, il est monté à 280 euros et est encore aujourd'hui autour de 190 euros. Cela peut traduire de la spéculation à court terme, mais, plus fondamentalement, une forte demande, et donc une tension sur les marchés. Dans le cas du riz, il faut voir que ce qui est échangé dans le commerce international est une part très faible de la production mondiale (de l'ordre de 7 %). La flambée des prix vient du fait que beaucoup de pays exportateurs ont instauré des interdictions d'exporter ou des taxes à l'exportation. Cela fait donc monter les prix, même si localement une bonne récolte peut les faire baisser. Peut-être est-ce le cas à Madagascar ? Je ne connais pas la situation.

zorg : Vous ne parlez pas de la France ? L'INRA se désintéresse-t-il du marché français ? Pouvez-vous nous préciser les régions françaises intéressées par la production de biocarburant et nous faire entrer dans le concret de notre économie ?
L'INRA travaille surtout sur la recherche, donc sur l'avenir, et ses travaux portent beaucoup sur les agrocarburants de deuxième génération, qui ne seront pas faits avec des céréales, mais avec des produits à fibres (cellulosiques, comme des graminées ou des arbustes). Les régions françaises concernées sont surtout pour l'instant les régions de grandes cultures (céréales et oléagineux), donc des plaines assez fertiles, mais si les agrocarburants de deuxième génération se développent, ils pourraient être cultivés dans des régions à sol plus pauvre, et entrer moins en concurrence avec la production alimentaire. Cependant, la recherche avance lentement, et ils ne seront pas prêts avant plusieurs années, dans des conditions économiques réalistes. Le département d'économie de l'INRA évalue les avantages et les inconvénients des soutiens aux agrocarburants sur un plan économique. Sans vouloir caricaturer, l'INRA a toujours été réservé sur l'intérêt des aides publiques aux agrocarburants, au moins de première génération.

Mateos : Est-ce la production d'agrocarburants elle-même ou les instruments politiques (directives européennes, Energy Act aux Etats-Unis) poussant à la production qui sont en cause ? Les agrocarburants ne se seraient pas développés en Europe et aux Etats-Unis sans des soutiens publics. Par contre, au Brésil, l'éthanol de canne à sucre peut tout à fait se développer sans aide publique. C'est aussi la production qui a le meilleur rendement énergétique. Ce qui est donc mis en cause, ce sont surtout les politiques américaine et européenne d'aide aux agrocarburants. En Europe, des directives européennes fixent des objectifs, mais les soutiens aux agrocarburants sont surtout des subventions et des défiscalisations nationales. La France, par exemple, a des objectifs plus ambitieux que les directives européennes, qui d'ailleurs ne fixent pas des taux obligatoires (ce sont de simples recommandations). Des pays comme la France et l'Allemagne font donc du "zèle".

sam : Même découplés de la production, les paiements directs de la PAC sont-ils une incitation à produire des graines pour les agrocarburants ? N'y a-t-il pas une faille dans la fameuse boîte verte de l'accord agricole de l'OMC ?
On ne peut pas accuser la PAC d'une chose et son contraire. Certains disent justement que ces aides, maintenant "découplées" (qui ne sont plus liées aux quantités produites), sont responsables du fait que l'agriculture européenne produit moins, et donc de la montée des cours mondiaux. C'est la thèse de certains syndicats agricoles français. Je ne crois pas personnellement que cela explique la hausse des prix, mais inversement, ce ne sont pas ces aides de la PAC qui favorisent la production d'agrocarburants. Il y a seulement une petite aide à l'hectare aux agrocarburants que la Commission européenne remet en cause et qui joue assez peu sur la production. Le soutien aux agrocarburants est bien davantage le fait des gouvernements des pays membres.

MESNARD_A_1 : Quelles sont les principales firmes ou groupes qui s'intéressent aux agrocarburants ? Quel est leur intérêt ?
La plupart des usines viennent d'investissements du monde agricole. Par exemple, une grosse usine d'éthanol de blé a été financée par des agriculteurs et un groupe sucrier qui leur appartient. Leur intérêt était de trouver un débouché lorsque les prix des céréales étaient très bas. Depuis, ils ont monté, ce qui pose le problème de la rentabilité de ces usines. Néanmoins, pour la profession agricole, cela peut être utile pour assurer un débouché à prix plus stables dans une période où les cours fluctuent. D'autres acteurs ont investi dans la filière, par exemple des groupes amidonniers, car ils pensent que, à terme, derrière les agrocarburants, il y a des molécules intéressantes pour l'industrie et que les produits agricoles seront une source de matières premières pour la chimie. Il s'agit donc pour beaucoup de maîtriser un processus technologique.

bartouc : Le palmier à huile en Asie du Sud-Est et la canne à sucre au Brésil attirent déjà les spéculateurs. Y a -t-il un remède à cela?

Je pense qu'ils n'attirent pas les spéculateurs, mais les investisseurs. Dans les deux cas, ce sont des plantes qui peuvent produire des agrocarburants à bas coût. Le problème est que, si la canne à sucre au Brésil peut encore s'étendre sans dommage écologique catastrophique, c'est assez rarement le cas du palmier à huile en Asie. D'autre part, on risque le développement de cette culture sur des zones de forêts vierges, aussi bien en Amérique qu'en Afrique.

Suzanne_Berthaut_1 : Notre planète ne serait-elle pas défigurée, spoliée, dévastée par un plan de masse pour les biocarburants ?
Si, on risque une déforestation massive, qui a déjà eu lieu en Indonésie, où la jungle a déjà disparu, qui est en train d'avoir lieu en Malaisie, et risque d'avoir lieu au Brésil et en Colombie. Le seul éclair d'optimisme serait que des agrocarburants de seconde génération puissent pousser sur certaines terres peu fertiles et soient une solution pour améliorer les revenus en Afrique, car on sait que l'on fait davantage attention à l'environnement dans des pays plus riches. C'est une idée que met en avant la FAO, mais certains experts sont critiques, même sur les agrocarburants de deuxième génération, faisant valoir que dès que l'on exporte de la matière organique du sol, on met en danger le sol en question.

FDL : Pourquoi la France tarde ainsi à investir sur les biocarburants de seconde génération ? L'Allemagne a déjà ouvert sa 1re usine ...
A l'heure actuelle, c'est une production qui n'est pas rentable sans subventions. Il me semble donc plus important de mettre l'argent du contribuable dans la recherche plutôt que dans les investissements. Il est trop tôt pour lancer des programmes ambitieux, car la technologie actuelle (qui date en fait des années 1930, ce qu'on appelle la "voie chimique" utilisée dans les usines dont vous parlez) n'est guère prometteuse. La voie la plus prometteuse consisterait à faire dégrader la cellulose par des bactéries (voie biologique). Cette technique progresse, mais est loin d'être opérationnelle, et n'est en tout cas pas viable économiquement. De plus, comme je le disais, même si la deuxième génération permettait de moins entrer en concurrence avec la production alimentaire, elle ne résout pas tous les problèmes. L'exportation de matières organiques, même avec des arbustes (taillis à courte rotation de bouleaux ou de saules) des graminées (switch grass) ou d'autres plantes (miscanthus), nécessitera des apports d'engrais minéraux, avec un impact environnemental sur les sols. La solution qui sera réellement durable sera sans doute une troisième génération à partir d'algues lipidiques. Là, on en est aux tous débuts de la recherche...

zorg : Lorsque je vais dans le Sud-Ouest, je rencontre des agriculteurs qui nous disent : "Utilisez les biocarburants ! Ce sera pour nous une source de revenus qui nous permettra d'assurer la relève du métier par les jeunes agriculteurs..." N'est-ce pas là un projet d'avenir pour nos agriculteurs en besoin de reconversion pour certains ?

C'est très exactement ce pourquoi la France a soutenu un programme d'agrocarburants ambitieux. La première raison était justement d'assurer des débouchés et des revenus à l'agriculture française. Les arguments d'indépendance énergétique et de réduction d'émissions de gaz à effet de serre ont toujours été un peu "pipeau". Le problème est que, depuis, les cours mondiaux se sont envolés, et il n'y a plus de problème de débouchés à court terme. Il faut garder la tête froide : les agrocarburants peuvent sans doute aider le secteur agricole si ses prix mondiaux baissent, et en tout cas pourraient permettre, à mon avis, de réduire les effets de la volatilité des cours pour les agriculteurs qui pourraient contracter une partie de leurs récoltes à prix stables. Ils n'ont donc pas que des inconvénients.

Moz : Si les agrocarburants peuvent se présenter comme une "solution" dans les pays du Nord, dans quelles mesures seraient-ils positifs pour les pays du Sud, notamment l'Afrique? Serait-ce une option viable et bénéfique pour ces populations?
Les agriculteurs des pays du Sud ont été laminés par des décennies de prix bas. Et aussi par la concurrence déloyale des produits subventionnés des pays du Nord. Un marché des agrocarburants pourrait donc les aider. La FAO voit dans cette évolution une opportunité pour des agriculteurs du Sud. Dans le cas de la première génération, il faut des terres fertiles. Il est sans doute possible de développer de la canne à sucre et du palmier à huile en Afrique, mais il est douteux que les petits paysans en tirent les principaux bénéfices. L'effet bénéfique des agrocarburants me semble surtout de tirer les prix des céréales vers le haut, ce qui redonne un intérêt économique aux cultures de mil ou de sorgho traditionnelles. Par contre, si les agriculteurs africains y trouvent un intérêt, les consommateurs urbains africains subissent la hausse des prix de plein fouet. Le défi est de faire en sorte que les paysans africains répondent à ces prix élevés et puissent réapprovisionner les villes qui ont pris l'habitude de se nourrir de produits importés. La difficulté est énorme, car il y a de nombreux obstacles à lever : infrastructures qui manquent, insécurité foncière, accès aux crédits, accès aux engrais, etc.

Z.Safwan : Quelles solutions préconisez-vous pour éviter une crise alimentaire à l'échelle mondiale?
Il faut distinguer des mesures d'urgence, comme celles prônées par Michel Barnier (ministre français de l'agriculture) ou Gordon Brown (premier ministre britannique), et des mesures de plus long terme. La population mondiale est passée de 2 à 7 milliards d'habitants en un peu plus d'un siècle. Il est clair que se posera un problème de ressources. Pour l'instant, c'est surtout le déséquilibre de pouvoir d'achat qui rend pessimiste, car il est probable qu'on continue à remplir le réservoir des voitures américaines avant de donner à manger à un Sahélien. Les solutions impliquent un changement de l'alimentation dans le sens de moins de protéines animales (il faut beaucoup de kilos de céréales pour produire un kilo de viande, et il serait écologiquement plus sensé de devenir davantage végétariens), mais aussi de ne pas mobiliser trop de surfaces pour les agrocarburants.

bb : Que sont les agrocarburants ? Y a-t-il une différence avec les biocarburants ?
Jean-Christophe Bureau :
Il n'y a pas de différence entre les deux. De plus en plus, on utilise le terme "agro" pour ne pas introduire de confusion avec les produits bio, sachant que les agrocarburants sont de plus en plus critiqués pour leur bilan écologique. Les agrocarburants sont essentiellement des substituts à l'essence : l'éthanol fait à partir de canne à sucre, de blé ou de betterave, et des substituts au diesel : des huiles faites à partir de colza, de soja ou d'huile de palme.

Julien_L. : Quelles céréales contribuent à la production d'agrocarburants ?

Pour les céréales destinées à l'éthanol, c'est surtout le blé, mais on peut en faire avec de l'orge, du seigle, etc.

TOTOVITCH : Peut-on avoir une réponse claire sur le bilan énergétique et environnemental des agrocarburants cultivés en France ? Il semble, en effet, que la seule étude publiée à ce sujet et commandée par l'Ademe soit entachée d'erreurs méthodologiques que l'Ademe aurait reconnues. Qu'en est-il vraiment ?
Il est très difficile de vous donner une réponse claire. Il y a peu d'études complètement indépendantes, et presque tous les chiffres publiés sont influencés par une industrie ou un groupe de pression, que ce soit les pétroliers, les céréaliers ou les betteraviers. J'ai recensé une cinquantaine d'études différentes sur le bilan environnemental, et les chiffres sont incroyablement divergents. L'étude de l'Ademe est parmi celles les plus favorables aux agrocarburants. Il en est d'autres qui trouvent un bilan beaucoup plus négatif en France. Le bilan énergétique (c'est-à-dire le rapport entre l'énergie fossile – le pétrole – économisée et utilisée) de l'éthanol à partir de blé est très médiocre. Le bilan des huiles de colza comme substitut au diesel est un peu meilleur, mais, dans les deux cas, si l'on tient compte des pollutions des eaux et d'autres aspects environnementaux, le bilan en termes d'environnement est très incertain.

bbb : Cultive-t-on déjà en masse ces agrocarburants, ou bien le débat est-il pour l'instant théorique ?
Dans trois pays, on les cultive déjà de manière importante. Il s'agit, en premier lieu, des Etats-Unis : plus de 40 % de la production mondiale (surtout de l'éthanol de maïs, mais de plus en plus du biodiesel). L'autre grand producteur est le Brésil, avec de la production d'éthanol de canne à sucre. Enfin, l'Union européenne est un producteur significatif, surtout l'Allemagne avec du colza pour le diesel.

Moka : Quel lien faites-vous entre le développement des agrocarburants et l'actuelle crise alimentaire ?

Il y a beaucoup de raisons convergentes à la hausse des prix agricoles qui crée cette crise alimentaire : la production d'agrocarburants est l'une d'entre elles, mais elle est très loin d'expliquer la hausse des prix à elle seule. Les principales raisons sont la hausse des prix du pétrole, donc des engrais, la demande des pays émergents pour des céréales, et sans doute, à court terme, de la spéculation. Les agrocarburants n'occupent qu'1 % des terres cultivables au monde, mais sur certains marchés comme le maïs, l'ambitieux programme américain d'éthanol, qui utilise plus d'un quart de la production américaine, contribue significativement à la hausse des prix. Comme on peut utiliser du blé ou du maïs dans l'alimentation animale, cette hausse se propage aux autres céréales.

Thierry : A-t-on évalué l'impact de la généralisation de la production d'agrocarburants sur les prix des produits alimentaires ?
L'INRA (l'Institut national de la recherche agronomique) en France, la FAO (l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), et l'International Food Policy Research Institute sont en train de travailler là-dessus. Il est assez difficile de mesurer la responsabilité des agrocarburants, car on a du mal à estimer la part de la spéculation dans la hausse des prix. Les chiffres préliminaires conduisent à penser que les programmes de biocarburants expliquent 10 à 25 % de la hausse des prix des céréales. C'est un chiffre bien plus faible pour les prix de l'alimentaire au consommateur en France, puisque les produits agricoles représentent en fait une part assez faible du produit fini.

kisifi : Il y a quelques semaines, la Banque mondiale a évoqué des manifestations violentes liées à la flambée des prix alimentaires dans plusieurs pays, dont Madagascar. J'habite Madagascar et je peux certifier que c'est faux, le prix du riz est même inférieur à celui de l'an passé. Est-ce que cette "crise alimentaire" actuelle qui sert d'argument aux opposants aux agrocarburants existe vraiment ?
Je suis à Paris, où la crise est peu visible, mais je ne crois quand même pas au complot. Les prix des céréales ont flambé. Si l'on considère que, il y a quelques années, le prix moyen du blé était de l'ordre de 90 euros la tonne, il est monté à 280 euros et est encore aujourd'hui autour de 190 euros. Cela peut traduire de la spéculation à court terme, mais, plus fondamentalement, une forte demande, et donc une tension sur les marchés. Dans le cas du riz, il faut voir que ce qui est échangé dans le commerce international est une part très faible de la production mondiale (de l'ordre de 7 %). La flambée des prix vient du fait que beaucoup de pays exportateurs ont instauré des interdictions d'exporter ou des taxes à l'exportation. Cela fait donc monter les prix, même si localement une bonne récolte peut les faire baisser. Peut-être est-ce le cas à Madagascar ? Je ne connais pas la situation.

zorg : Vous ne parlez pas de la France ? L'INRA se désintéresse-t-il du marché français ? Pouvez-vous nous préciser les régions françaises intéressées par la production de biocarburant et nous faire entrer dans le concret de notre économie ?
L'INRA travaille surtout sur la recherche, donc sur l'avenir, et ses travaux portent beaucoup sur les agrocarburants de deuxième génération, qui ne seront pas faits avec des céréales, mais avec des produits à fibres (cellulosiques, comme des graminées ou des arbustes). Les régions françaises concernées sont surtout pour l'instant les régions de grandes cultures (céréales et oléagineux), donc des plaines assez fertiles, mais si les agrocarburants de deuxième génération se développent, ils pourraient être cultivés dans des régions à sol plus pauvre, et entrer moins en concurrence avec la production alimentaire. Cependant, la recherche avance lentement, et ils ne seront pas prêts avant plusieurs années, dans des conditions économiques réalistes. Le département d'économie de l'INRA évalue les avantages et les inconvénients des soutiens aux agrocarburants sur un plan économique. Sans vouloir caricaturer, l'INRA a toujours été réservé sur l'intérêt des aides publiques aux agrocarburants, au moins de première génération.

Mateos : Est-ce la production d'agrocarburants elle-même ou les instruments politiques (directives européennes, Energy Act aux Etats-Unis) poussant à la production qui sont en cause ? Les agrocarburants ne se seraient pas développés en Europe et aux Etats-Unis sans des soutiens publics. Par contre, au Brésil, l'éthanol de canne à sucre peut tout à fait se développer sans aide publique. C'est aussi la production qui a le meilleur rendement énergétique. Ce qui est donc mis en cause, ce sont surtout les politiques américaine et européenne d'aide aux agrocarburants. En Europe, des directives européennes fixent des objectifs, mais les soutiens aux agrocarburants sont surtout des subventions et des défiscalisations nationales. La France, par exemple, a des objectifs plus ambitieux que les directives européennes, qui d'ailleurs ne fixent pas des taux obligatoires (ce sont de simples recommandations). Des pays comme la France et l'Allemagne font donc du "zèle".

sam : Même découplés de la production, les paiements directs de la PAC sont-ils une incitation à produire des graines pour les agrocarburants ? N'y a-t-il pas une faille dans la fameuse boîte verte de l'accord agricole de l'OMC ?
On ne peut pas accuser la PAC d'une chose et son contraire. Certains disent justement que ces aides, maintenant "découplées" (qui ne sont plus liées aux quantités produites), sont responsables du fait que l'agriculture européenne produit moins, et donc de la montée des cours mondiaux. C'est la thèse de certains syndicats agricoles français. Je ne crois pas personnellement que cela explique la hausse des prix, mais inversement, ce ne sont pas ces aides de la PAC qui favorisent la production d'agrocarburants. Il y a seulement une petite aide à l'hectare aux agrocarburants que la Commission européenne remet en cause et qui joue assez peu sur la production. Le soutien aux agrocarburants est bien davantage le fait des gouvernements des pays membres.

MESNARD_A_1 : Quelles sont les principales firmes ou groupes qui s'intéressent aux agrocarburants ? Quel est leur intérêt ?
La plupart des usines viennent d'investissements du monde agricole. Par exemple, une grosse usine d'éthanol de blé a été financée par des agriculteurs et un groupe sucrier qui leur appartient. Leur intérêt était de trouver un débouché lorsque les prix des céréales étaient très bas. Depuis, ils ont monté, ce qui pose le problème de la rentabilité de ces usines. Néanmoins, pour la profession agricole, cela peut être utile pour assurer un débouché à prix plus stables dans une période où les cours fluctuent. D'autres acteurs ont investi dans la filière, par exemple des groupes amidonniers, car ils pensent que, à terme, derrière les agrocarburants, il y a des molécules intéressantes pour l'industrie et que les produits agricoles seront une source de matières premières pour la chimie. Il s'agit donc pour beaucoup de maîtriser un processus technologique.

bartouc : Le palmier à huile en Asie du Sud-Est et la canne à sucre au Brésil attirent déjà les spéculateurs. Y a -t-il un remède à cela?

Je pense qu'ils n'attirent pas les spéculateurs, mais les investisseurs. Dans les deux cas, ce sont des plantes qui peuvent produire des agrocarburants à bas coût. Le problème est que, si la canne à sucre au Brésil peut encore s'étendre sans dommage écologique catastrophique, c'est assez rarement le cas du palmier à huile en Asie. D'autre part, on risque le développement de cette culture sur des zones de forêts vierges, aussi bien en Amérique qu'en Afrique.

Suzanne_Berthaut_1 : Notre planète ne serait-elle pas défigurée, spoliée, dévastée par un plan de masse pour les biocarburants ?
Si, on risque une déforestation massive, qui a déjà eu lieu en Indonésie, où la jungle a déjà disparu, qui est en train d'avoir lieu en Malaisie, et risque d'avoir lieu au Brésil et en Colombie. Le seul éclair d'optimisme serait que des agrocarburants de seconde génération puissent pousser sur certaines terres peu fertiles et soient une solution pour améliorer les revenus en Afrique, car on sait que l'on fait davantage attention à l'environnement dans des pays plus riches. C'est une idée que met en avant la FAO, mais certains experts sont critiques, même sur les agrocarburants de deuxième génération, faisant valoir que dès que l'on exporte de la matière organique du sol, on met en danger le sol en question.

FDL : Pourquoi la France tarde ainsi à investir sur les biocarburants de seconde génération ? L'Allemagne a déjà ouvert sa 1re usine ...
A l'heure actuelle, c'est une production qui n'est pas rentable sans subventions. Il me semble donc plus important de mettre l'argent du contribuable dans la recherche plutôt que dans les investissements. Il est trop tôt pour lancer des programmes ambitieux, car la technologie actuelle (qui date en fait des années 1930, ce qu'on appelle la "voie chimique" utilisée dans les usines dont vous parlez) n'est guère prometteuse. La voie la plus prometteuse consisterait à faire dégrader la cellulose par des bactéries (voie biologique). Cette technique progresse, mais est loin d'être opérationnelle, et n'est en tout cas pas viable économiquement. De plus, comme je le disais, même si la deuxième génération permettait de moins entrer en concurrence avec la production alimentaire, elle ne résout pas tous les problèmes. L'exportation de matières organiques, même avec des arbustes (taillis à courte rotation de bouleaux ou de saules) des graminées (switch grass) ou d'autres plantes (miscanthus), nécessitera des apports d'engrais minéraux, avec un impact environnemental sur les sols. La solution qui sera réellement durable sera sans doute une troisième génération à partir d'algues lipidiques. Là, on en est aux tous débuts de la recherche...

zorg : Lorsque je vais dans le Sud-Ouest, je rencontre des agriculteurs qui nous disent : "Utilisez les biocarburants ! Ce sera pour nous une source de revenus qui nous permettra d'assurer la relève du métier par les jeunes agriculteurs..." N'est-ce pas là un projet d'avenir pour nos agriculteurs en besoin de reconversion pour certains ?

C'est très exactement ce pourquoi la France a soutenu un programme d'agrocarburants ambitieux. La première raison était justement d'assurer des débouchés et des revenus à l'agriculture française. Les arguments d'indépendance énergétique et de réduction d'émissions de gaz à effet de serre ont toujours été un peu "pipeau". Le problème est que, depuis, les cours mondiaux se sont envolés, et il n'y a plus de problème de débouchés à court terme. Il faut garder la tête froide : les agrocarburants peuvent sans doute aider le secteur agricole si ses prix mondiaux baissent, et en tout cas pourraient permettre, à mon avis, de réduire les effets de la volatilité des cours pour les agriculteurs qui pourraient contracter une partie de leurs récoltes à prix stables. Ils n'ont donc pas que des inconvénients.

Moz : Si les agrocarburants peuvent se présenter comme une "solution" dans les pays du Nord, dans quelles mesures seraient-ils positifs pour les pays du Sud, notamment l'Afrique? Serait-ce une option viable et bénéfique pour ces populations?
Les agriculteurs des pays du Sud ont été laminés par des décennies de prix bas. Et aussi par la concurrence déloyale des produits subventionnés des pays du Nord. Un marché des agrocarburants pourrait donc les aider. La FAO voit dans cette évolution une opportunité pour des agriculteurs du Sud. Dans le cas de la première génération, il faut des terres fertiles. Il est sans doute possible de développer de la canne à sucre et du palmier à huile en Afrique, mais il est douteux que les petits paysans en tirent les principaux bénéfices. L'effet bénéfique des agrocarburants me semble surtout de tirer les prix des céréales vers le haut, ce qui redonne un intérêt économique aux cultures de mil ou de sorgho traditionnelles. Par contre, si les agriculteurs africains y trouvent un intérêt, les consommateurs urbains africains subissent la hausse des prix de plein fouet. Le défi est de faire en sorte que les paysans africains répondent à ces prix élevés et puissent réapprovisionner les villes qui ont pris l'habitude de se nourrir de produits importés. La difficulté est énorme, car il y a de nombreux obstacles à lever : infrastructures qui manquent, insécurité foncière, accès aux crédits, accès aux engrais, etc.

Z.Safwan : Quelles solutions préconisez-vous pour éviter une crise alimentaire à l'échelle mondiale?
Il faut distinguer des mesures d'urgence, comme celles prônées par Michel Barnier (ministre français de l'agriculture) ou Gordon Brown (premier ministre britannique), et des mesures de plus long terme. La population mondiale est passée de 2 à 7 milliards d'habitants en un peu plus d'un siècle. Il est clair que se posera un problème de ressources. Pour l'instant, c'est surtout le déséquilibre de pouvoir d'achat qui rend pessimiste, car il est probable qu'on continue à remplir le réservoir des voitures américaines avant de donner à manger à un Sahélien. Les solutions impliquent un changement de l'alimentation dans le sens de moins de protéines animales (il faut beaucoup de kilos de céréales pour produire un kilo de viande, et il serait écologiquement plus sensé de devenir davantage végétariens), mais aussi de ne pas mobiliser trop de surfaces pour les agrocarburants.



 

par Site des Chevenementistes publié dans : Ecologie, Energie, Agriculture
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Lundi 28 avril 2008
LE MONDE | 26.04.08 | 14h14  •  Mis à jour le 26.04.08 | 14h14

n est rarement déçu avec la Banque centrale européenne (BCE). Qu'on lui reproche son orthodoxie, et elle prend un malin plaisir à en rajouter, à se lancer dans une surenchère monétariste. On pourrait lui appliquer la formule que Karl-Otto Pöhl avait trouvée à propos de la Bundesbank, qu'il présidait : "La Bundesbank, c'est comme la crème fouettée, plus on la bat, plus elle devient dure."

Alors que de nombreux économistes implorent la BCE de baisser ses taux directeurs pour stimuler une croissance vacillante, plusieurs de ses dirigeants ont évoqué récemment la possibilité d'une hausse pour lutter contre les pressions inflationnistes. "Le grand problème, c'est d'assurer que l'inflation revienne sous les 2 % l'année prochaine", a déclaré, mardi 22 avril, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France. "Nous ferons ce qu'il faudra pour ça, (...) s'il le faut, nous bougerons les taux d'intérêt. Pour l'instant nous maintenons les taux d'intérêt à 4 % parce que ça nous paraît le niveau approprié", a-t-il poursuivi.

MOULINS À VENT

Yves Mersch, gouverneur de la banque centrale du Luxembourg, s'est montré plus précis encore. Prié de dire si la BCE réfléchissait à une hausse des taux d'intérêt, il a répondu : "Cette question est tout à fait justifiée. Il y a des questions que nous devons nous poser chaque mois." "Je suis surpris que nombre d'analystes de marché envisagent encore une possibilité qui n'est en aucune manière requise dans le contexte actuel, c'est-à-dire une baisse des taux, a-t-il ajouté. Je demande qu'on s'intéresse aux mêmes faits que ceux que nous examinons."

Faut-il prendre ce jusqu'au-boutisme monétaire pour une simple provocation ? Pas sûr. D'abord parce que la BCE est imprégnée de la culture monétaire allemande, viscéralement attachée à la stabilité des prix. Surtout, la BCE se sent d'autant plus légitime à mener sa croisade anti-inflationniste qu'elle sait pouvoir bénéficier, une fois n'est pas coutume, du soutien de l'opinion publique.

La lutte pour le pouvoir d'achat est aujourd'hui la priorité des citoyens européens, bien plus que la défense de l'emploi. Pendant des années, la BCE avait donné l'impression de se battre contre des moulins à vent en disant lutter contre une inflation dont on ne décelait plus aucune trace. Avec la flambée des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, elle s'offre à la fois une belle revanche idéologique et une popularité inespérée.

Les marchés financiers n'ont en tout cas pas pris les propos de MM. Noyer et Mersch à la légère. Mardi, l'euro a franchi, pour la première fois de son histoire, la barre de 1,60 dollar. Avant de retomber pour finir la semaine à 1,5611 dollar. Car aux Etats-Unis, la donne monétaire est en train de changer. Le taux des fonds fédéraux de la banque centrale américaine (Fed) a été ramené en huit mois de 5,25 % à 2,25 %. Les économistes s'attendent encore à une nouvelle réduction, à 2 %, mardi 29 avril, mais ils sont de plus en plus nombreux à penser que ce mouvement sera le dernier. Avec des taux réels négatifs de 2 %, il devient difficile à la Fed d'ouvrir davantage les vannes du crédit sans faire courir d'énormes risques inflationnistes.

ACCIDENTS BANCAIRES

La Réserve fédérale (Fed) arrive au bout de la logique qui a été la sienne depuis le début de la crise des subprimes. Pour éviter que ne se répète la catastrophe économique de 1929 - avec son chômage de masse qui a représenté aux Etats-Unis un traumatisme aussi grand que l'hyperinflation en Allemagne -, la Fed a été aussi loin dans la souplesse monétaire que la BCE l'a été dans la rigidité.

Laisser entendre que le cycle de baisse des taux touche à sa fin, ce serait aussi pour la Fed une façon d'envoyer un signal rassurant à la communauté financière internationale. Un moyen de dire qu'à ses yeux le plus gros de la crise des subprimes est passé, même si de nouveaux accidents bancaires sont sinon certains, du moins très probables.

Une Fed moins laxiste qu'elle ne l'a été, une BCE moins intégriste qu'elle ne le proclame, voilà qui changerait aussi le paysage pour le dollar. La banque Goldman Sachs a l'air d'y croire : selon elle, l'euro pourrait prochainement se replier jusqu'à 1,53 dollar.


Pierre-Antoine Delhommais
par Site des Chevenementistes publié dans : Europe International
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