
Mouvement Républicain et Citoyen
"Les résultats n'ont pas été retenus"
Toutes sortes de pratiques, plus ou moins connues et parfois à la portée exagérée, sont désormais étalées au grand jour. Les techniques sont connues depuis longtemps pour «bourrer» les urnes. Tout d'abord, faire voter les absents. Le vote par procuration n'est pas autorisé au PS. Mais si le contrôle de la carte d'identité n'est pas exercé, tout est possible. «On signe à la place des gens, mais ça se fait à la fin de la journée», explique un «observateur». Autre possibilité, plus simple : modifier le procès-verbal une fois qu'il a été transmis à la fédération ! Ce qui permet, notamment, d'«ajuster» le résultat en fonction de la tendance nationale. Pour expliquer que les résultats d'une fédération sont au-dessus de tout soupçon, il existe une expression à Solferino : «Les résultats n'ont pas été retenus». Comprendre : ils ont été transmis tels quels et immédiatement au siège du PS. Ils n'ont pas pu être «ajustés». D'ailleurs, la direction du parti avait stipulé dans l'une de ses circulaires que les résultats devaient être transmis «avant une heure du matin»…
Dernière possibilité, qui a longtemps eu cours : modifier le taux de participation. En gonflant artificiellement le nombre de votants, on donne un avantage en voix à la candidature ou à la motion arrivée en tête. Ce qui permet de compenser de moins bons résultats ailleurs. Ou inversement. Dès le 6 novembre, lors du vote sur les motions, le député européen Benoît Hamon pestait dans son coin : «Sans le résultat dans les grandes fédérations, je serais à plus de 20 %.» C'est vrai que dans le Nord, le Pas-de-Calais ou les Bouches-du-Rhône, bref les départements qui comptent beaucoup, sa motion a obtenu de moins bons résultats qu'ailleurs.
«Il n'y a plus beaucoup d'endroits où l'on triche», assurait, avant le congrès, le maire de Dijon François Rebsamen, ex-numéro deux du parti. En 2000, il avait mené une vaste opération de clarification dans les Bouches-du-Rhône qui avait conduit à diviser par deux le nombre d'adhérents officiels dans cette fédération longtemps contrôlée par des partisans de Laurent Fabius. Mais il reste quelques cas particuliers. La fédération du Pas-de-Calais fait ainsi coexister deux cartes d'adhérents : l'une nationale, l'autre fédérale.
Sans parler de triche, certaines fédérations prennent soin, avant toute chose, de contrôler la composition de leur section. Dans les Bouches-du-Rhône, une section qui avait voté Delanoë lors du scrutin sur les motions a été dissoute avant le premier tour du vote du premier secrétaire. Ailleurs, des militants sont découragés d'adhérer. Ou alors, ils sont absorbés dans un système clientéliste, embauchés par une municipalité ou un conseil général.
Un proche de Benoît Hamon, amer, essaie d'en plaisanter en racontant les difficultés que son courant rencontre en voulant s'implanter dans certaines fédérations : «On crée de l'emploi !» De tout cela, il vaut mieux en rire, sans doute.

|
|
Interrogé sur les solutions qu'il envisage pour sortir de la crise, M. Batteux, proche des idées de Jean-Pierre Chevènement, préconise de "demander à Benoît Hamon de mettre un peu d'eau dans son vin et de prendre la direction du parti". "Hamon représente la nouvelle génération ancrée à gauche, ça me paraîtrait une bonne solution", a-t-il dit.
Nantes, le 27 avril 2009
Il parait que les think tanks et, plus généralement, la consultation des intellectuels est à la mode au PS. Mais il reste
quelques progrès à faire pour un véritable débat ! Qu'on en juge plutôt : l’économiste Jacques Sapir accuse de censure le journal du PS dans un long communiqué. Au cours d’un entretien accordé à L’Hebdo des socialistes, il a eu le
malheur de ne pas être en accord avec la ligne du parti à la rose.
De quoi remonter notre homme : « A la question qui me fut posée sur la possibilité de faire
passer une directive européenne harmonisant les conditions sociales et rendant ainsi impossible le « dumping » social et salarial, j’ai eu le tort de répondre avec ma franchise
habituelle (…) que je tenais une telle proposition pour une illusion, au mieux, et au pire une hypocrisie. (…) C’est alors que mon interlocutrice me coupe la parole pour me dire qu’il était impossible de passer dans son journal une telle réponse. Elle était certes prête à
conserver la première partie de mon interview, mais en aucun cas elle ne publierait la seconde, car elle était contradictoire avec la position du PS. Quand je lui fis remarquer que, n’étant
pas militant ni sympathisant de ce parti, je pouvais avoir les positions qu’il me plaisait d’avoir ce qu’elle n’était pas sans ignorer au début de l’interview, elle me répondit qu’elle
n’était point là pour faire de l’information mais de la communication. (…) Je passe les détails de la – grosse – colère qui me saisit et qui ne
m’a point quitté et je mis fin à l’entretien en disant que soit, elle passait la totalité de mes propos soit elle n’en passerait aucun. Ce qu’elle fit, en me disant que jamais ses
“supérieurs” ne sauraient les accepter. »
Contactée, la rédaction de L’Hebdo des socialistes confirme bien que l’interview de Jacques Sapir ne passera pas. Mais pas pour les raisons invoquées par l’économiste : « C’est juste un changement de programme. Ça arrive souvent que des “trucs” sautent. On est en pleine campagne européenne et finalement on a décidé de mettre en
valeur un autre sujet que le dumping social. » Et lequel ? « On ne sait pas. Ça n’a pas encore été
validé… »
Cet article est tiré de Marianne2, édition du 8 Mai 2009
Chevènement pour une «
rupture », samedi 5 septembre 2009, propos recueillis par Jean-Pierre Bédéï.