| Par Georges Sarre Ancien Ministre, Premier secrétaire du Mouvement Républicain et Citoyen |
Le texte de la « Constitution européenne » oblige à mettre l'Europe en perspective.
L'expérience de la construction européenne révèle que la méthode des compromis et de la prise de décision technocratico-consensuelle est toujours plus favorable au libéralisme qu'au socialisme. Il y a un rouleau compresseur du libéralisme, interne (privatisations, dérégulations) et externe (libéralisation du commerce étendue dorénavant aux services), dont la Commission européenne est l'instrument efficace, au service des États et des groupes d'intérêt économiques, et devant lequel la gauche est désarmée.
La victoire du « oui » au référendum national de 2005 n'a rien d'inévitable. Des oracles prédisent déjà un score en faveur du « oui » bien supérieur à celui de 1992 ; on devine qu'ils aimeraient bien, plutôt, pouvoir se passer d'un vote populaire
Le piège - un peu gros - est de faire croire que les jeux sont faits. Le « oui » au PS est censé annoncer un « oui » massif au plan national. Cette propagande occulte un fait d'importance : 42% des militants d'un parti converti depuis des années au « réalisme » ont considéré que, sur l'Europe, il était grand temps pour la gauche de cesser de se payer de mots. La base est solide pour continuer le combat. Et puisque les principaux partisans du « non » au référendum socialiste sont maintenant réduits au silence, il reviendra au Mouvement républicain et citoyen réuni autour de Jean-Pierre Chevènement de l'assumer pour une large part.
Les bonnes raisons de refuser le projet de « Constitution européenne » ne manquent pas ; mais elles pourront avoir du mal à résister à l'orchestration politico-médiatique du consensus.
C'est pourquoi le Mouvement républicain et citoyen, en promouvant un « non » citoyen, un authentique « non de gauche » au projet de « Constitution européenne », entend dire « non » à Jacques Chirac, mais en attirant l'attention sur l'irresponsabilité politique qu'engendre la construction européenne ; c'est pourquoi, aussi, il s'apprête à dire « non » à l'Europe libérale, mais en expliquant pourquoi l'Europe ne peut être, dans les conditions actuelles, que libérale - c'est un fait pour ainsi dire structurel.Ce faisant, notre objectif prioritaire est d'exiger un bilan de la construction européenne. Ce bilan doit porter, en premier lieu, sur la politique économique imposée depuis des décennies par l'Europe (ce que le niveau actuel de l'euro par rapport au dollar et les aléas du Pacte de stabilité budgétaire rendent urgents) ; il doit porter, ensuite, sur la légitimité de l'oligarchie qui, mêlant technocratie bruxelloise, élites politico-administratives nationales et intérêts privés, s'est mise en place par l'Europe pour imposer une seule orientation de politique économique et contourner les représentations nationales ; il doit porter, enfin, sur les slogans qui, promettant toujours plus d'Europe, ont entravé ces dernières années la volonté politique et le sens de la responsabilité de nos dirigeants. C'est bien le moins que l'on puisse demander à nos élites. Qu'ont-elles fait de l'Europe ? Que veulent-elles en faire ? Le projet de « Constitution européenne » n'apporte aucune réponse à ces questions essentielles.
Par Loic Bureau
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