Présentation

Actions MRC

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Jeudi 3 juillet 2008
Par Jean-Pierre Chevènement, article édité dans un ouvrage collectif à paraître aux éditions Litec sur le 50ème anniversaire de la Vème République.

 

    La Constitution de 1958, tout en instituant un Président de la République fort, avait maintenu un régime parlementaire où le gouvernement était responsable devant le Parlement. Celui-ci n'eut qu'une occasion d'exercer la censure, à l'automne 1962. L'élection du Président de la République au suffrage universel trancha le différend, mais instaura une source de légitimité au moins égale à celle du Parlement à la tête de l'Etat. Quarante ans plus tard, l'instauration du quinquennat et l'élection de l'Assemblée Nationale dans la foulée de l'élection présidentielle a encore accentué une hyperprésidentialisation de fait, que seules trois cohabitations (1986, 1993, 1997) avaient contrariée. Ce fut précisément pour réduire la probabilité des cohabitations que ce système fut instauré. Rien que de conforme à la logique gaulliste : il fallait que l'unité, la responsabilité, la légitimité se retrouvent à la tête de l'Etat. Puisque les Présidents Mitterrand et Chirac n'avaient pas tiré la conséquence d'une défaite aux législatives en démissionnant, il était logique de réduire la possibilité d'une cohabitation.

    Ainsi l'unité de l'Etat se trouvait-elle à peu près assurée à travers la personne du Président de la République. Tout au plus, dans des circonstances extraordinaires, le droit de censure pour le Parlement, et le droit de dissolution pour le Président, peuvent-ils fonctionner comme des soupapes de sécurité. Mais cette évolution (le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral), logique du point de vue de l'esprit des institutions de la Ve République, à partir du moment où les successeurs du Général de Gaulle avaient accepté l'hypothèse (VGE) puis la réalité d'une cohabitation (F.Mitterrand – J.Chirac), fait apparaître un déséquilibre excessif entre un Hyperprésident durablement consacré et un Parlement de plus en plus abaissé au fur et à mesure que le fait majoritaire s'affirmait dans nos institutions et redoublait les effets du parlementarisme rationnalisé. Ce fait majoritaire a résulté du mode de scrutin majoritaire pour l'élection des députés, mais aussi et surtout de l'élection au suffrage universel du Président de la République. Celle-ci a fait apparaître dès 1965 une bipolarisation de la vie politique qui, depuis lors, n'a cessé de s'accentuer. Je n'approuve pas, je me borne à constater.

 

    On peut dire aujourd'hui que la France est très proche d'un système bipartisan. Dès lors est-il encore nécessaire que le Président de la République, chef du parti majoritaire et disposant à ce titre des investitures parlementaires, façonnant ainsi les carrières, voie sa puissance à nouveau accentuée par l'arsenal du parlementarisme rationalisé (fixation de l'ordre du jour par le gouvernement, article 49-3 qui accule à la censure, et donc au suicide, toute Assemblée récalcitrante, ne fut-ce que sur un point, dès lors que l'Exécutif le juge essentiel) ? Bien entendu c'est le gouvernement qui juridiquement met en œuvre ce dispositif mais par des décrets pris en Conseil des Ministres. Aussi bien ce gouvernement est lui-même dans la main du Président de la République.

    La réforme des institutions qui procède des travaux de la Commission Balladur ne change pas l'architecture institutionnelle de la Ve République. La tentation de transformer en simple « collaborateur » le Premier ministre a été écartée. Celui-ci reste responsable devant le Parlement. Que le Président de la République puisse venir s'exprimer devant les Chambres réunies en Congrès ne modifie en rien la nature des institutions. La séparation des pouvoirs n'a jamais été un obstacle à leur coopération. Si le Président de la République veut prendre le risque d'être contesté voire chahuté, c'est après tout son affaire. Cette modification, inspirée de la pratique américaine (discours sur l'Etat de l'Union), est mineure.

    En revanche les mesures qui redonnent du pouvoir au Parlement ne le sont pas : fixation, à moitié, de l'ordre du jour, limitation du 49-3, discussion sur les textes issus, non de la délibération gouvernementale, mais de celle des Commissions parlementaires, droit de veto, même limité, sur les grandes nominations, tout cela constitue une revalorisation substantielle du pouvoir des Assemblées.

    Ces modifications sont bienvenues même si elles risquent d'accroître les difficultés que le Président et le Gouvernement peuvent avoir avec leur propre majorité. Prendre en compte cet argument serait avoir peur de son ombre. La démocratie implique le débat. Le risque aujourd'hui n'est pas dans la faiblesse du gouvernement mais dans l'autisme des gouvernants, relayant la puissance, quelquefois à courte vue, des administrations.

    La question peut se poser de savoir si la réforme des institutions projetée ne va pas transférer le débat au sein même de la majorité, et marginaliser encore un peu plus l'opposition. Je ne le crois pas. Celle-ci saura s'emparer des sujets qui font problème. Aussi bien le rythme accéléré de l'alternance (tous les cinq ans) laisse à l'opposition, si elle en est capable, le temps d'élaborer un projet qui réponde aux défis rencontrés. Nous avons besoin d'une démocratie plus vivante et d'un Parlement plus présent au sein des institutions. Les grandes orientations politiques ne perdent jamais rien à être débattues.

    Pour toutes ces raisons, la réforme dite Balladur me paraît être une avancée globale ; Certes elle ne changera rien à la prolifération des normes européennes que le traité de Lisbonne n'offre pas les moyens de contrôler vraiment. Mais cet argument ne saurait convaincre une opposition qui a majoritairement soutenu ledit traité de Lisbonne. Certes le contrôle de la constitutionnalité des lois, désormais ouvert aux citoyens devant le Conseil Constitutionnel, va-t-il encore réduire le champ des compétences parlementaires. Enfin, la tendance à introduire dans la Constitution des dispositions propres à semer le trouble – ainsi la mention des langues régionales comme « patrimoine national », laisse craindre une future ratification de la Charte des langues régionales et minoritaires par la France avec les risques de coofficialité et de démembrement du fait de l'unité nationale. C'est grave. A force d'être triturée (hier la mention de « principe de précaution », demain l'introduction de la « diversité » dans le Préambule), la Constitution devient progressivement chiffon de papier. On lui fait dire tout et son contraire. La rigueur des principes républicains tend ainsi à s'effacer. Un gouvernement de salut public devra, un jour, nettoyer ces scories, en espérant qu'il en sera encore temps.

    Dans l'immédiat, mieux vaut, me semble-t-il, accepter les évolutions qui au moins permettront un débat républicain de se fortifier, en attendant des jours meilleurs. Je comprends l'argument de ceux qui ne veulent pas « donner une victoire à M. Sarkozy ». Mais, outre que cette victoire « optique » pourrait bien se transformer en victoire à la Pyrrhus, il ne me semble pas qu'une opposition systématique, mécanique, et quasi pavlovienne, soit ce qui serve le mieux la cause d'une gauche républicaine, attachée à l'intérêt public plutôt qu'à ses intérêts de boutique.

    Bien sûr il faudra juger en fonction de l'évolution du texte, mais s'agissant des règles mêmes de fonctionnement de la démocratie, l'opposition n'a, à mon sens, pas grand chose à perdre à se montrer constructive. C'est la vue d'ensemble de l'évolution de nos institutions depuis un demi-siècle qui doit guider le choix du législateur pour corriger les dérives les plus insupportables.

par Site des Chevenementistes publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 30 juin 2008
Jean-Pierre Chevènement a incriminé Nicolas Sarkozy, responsable selon lui d'avoir favorisé le "communautarisme", et conduit à l'agression du jeune juif samedi soir. L'UMP a jugé ces propos "inadmissibles".
J. D. (avec AFP)
LIBERATION : lundi 23 juin 2008

L'UMP a réagi aux attaques du président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), Jean-Pierre Chevènement, et s'est déclarée "scandalisée par ses propos totalement diffamatoires". Ces déclarations sont "profondément inadmissibles, scandaleuses et totalement irresponsables", a déclaré l'un des porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé, lors du point presse hebdomadaire du parti majoritaire.
"C'est non seulement inadmissible parce que c'est mensonger --il n'y a pas de dérive communautariste-- mais en plus, de la part d'un responsable politique qui souhaite encore peser, même faiblement, dans la vie politique nationale, c'est totalement irresponsable", a-t-il déclaré.

Un peu plus tôt dans la matinée, Jean-Pierre Chevènement, avait dénoncé sur LCI "une certaine complaisance au plus haut niveau de l'Etat" face au communautarisme, après l'agression d'un jeune juif ce weed-end à Paris. Il a accusé le président de la République d'avoir "flatté successivement toutes les sensibilités (religieuses ou communautaires, ndlr) sans exception, sans mesurer que cette manière était la façon la plus sûre de dissoudre l'identité républicaine de la France".


"Nous sommes en présence d'une situation tout à fait inacceptable, a ajouté l'ex-ministre de l'Intérieur. Depuis plusieurs années, il y a ce quartier qui est tenu par quatre bandes : il y a les Noirs, il y a les Maghrébins, il y a les Juifs et il y a les Turcs. C'est tout le problème de la République qui est posé". "J'incrimine une certaine complaisance au plus niveau de l'Etat à l'égard de ces phénomènes d'appartenance excessive qui finissent par gommer ce qui nous est commun, c'est-à-dire la citoyenneté". "Il en résulte des actes inqualifiables qu'on ne peut évidemment que condamner avec la plus grande fermeté", a-t-il dit.

 

Depuis hier, les politiques multiplient les déclarations d'indignation. Le Parti socialiste a condamné «l’acte de violence inadmissible» et demandé que «toute la lumière soit faite» sur les circonstances de cette agression. Le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, a dit sa «consternation» face à «cette agression ignoble». La Licra, SOS Racisme et le Mrap ont également vigoureusement dénoncé cette agression.

La LCR a "dénoncé fermement l'agression dont a été victime Rudy". "Quelles que soient les origines de cette agression, cette attaque a un relent d'antisémitisme aussi révoltant que les relents racistes qui accompagnent les agressions contre les immigrés", ajoute la ligue.
"Toutes les formes de racisme, de xénophobie et d'antisémitisme sont intolérables" et "seul le dialogue entre jeunes de toutes origines permettra de résoudre cette détestable situation qui nourrit la violence", estime la Ligue.

De son côté, le Premier ministre a promis, hier soir, «des poursuites judiciaires les plus sévères». «Le gouvernement réaffirme sa détermination à lutter sans relâche contre toutes les formes de rejet, de discrimination et de haine», a ajouté François Fillon, en exprimant son «soutien» à la famille de la victime et sa «solidarité» envers la communauté juive de France.

Le président Sarkozy a exprimé sa «profonde indignation». La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a aussi réaffirmé «sa détermination à lutter sans relâche contre toutes les manifestations de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie, qui bafouent les valeurs de la République» et a assuré que «tout serait mis en œuvre pour élucider les circonstances de cet acte et présenter ses auteurs devant la justice». De son côté, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a demandé au procureur de la République de «donner des instructions pour que les auteurs de cet acte inqualifiable» soient «poursuivis avec la plus grande rigueur».

par Site des Chevenementistes publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 27 juin 2008
LEMONDE.FR avec AFP | 27.06.08 | 16h20  •  Mis à jour le 27.06.08 | 16h41

'idée de supprimer les départements, suggérée dans le rapport remis par Jacques Attali en janvier 2008 sur la "libération de la croissance", continue d'agiter le gouvernement. Alors que Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois évoqué, jeudi, la nécessité d'aborder la question des structures territoriales, le ministre du travail, Xavier Bertrand, a estimé, vendredi 27 juin, que la question est "toujours d'actualité" et mérite un débat "sans tabou"

"En France, vous avez une forme de millefeuille administratif et politique devenu complètement indigeste. Vous avez les mairies, (...) vous avez les communautés de communes : il faut les encourager comme les communautés urbaines. Mais en plus, vous avez les pays, les départements, les régions, l'Etat et vous avez l'Europe. Est-ce qu'on peut faire plus simple ? Oui", a expliqué le ministre sur Europe 1. Sans aller jusqu'à demander la suppression des départements, M. Bertrand a estimé qu'"on peut faire quelque chose de plus construit, en regroupant [les compétences des différents échelons]".

Quelques heures plus tard, le secrétaire d'Etat aux collectivités territoriales, Alain Marleix, assurait qu'il n'était "aucunement question d'une suppression du département". Toutefois, il concédait qu'il existe "un empilement administratif qui constitue une fâcheuse exception en Europe" et ajoutait qu'"une réflexion conduisant à une réforme en profondeur est engagée avec les grandes associations représentatives des collectivités locales et le Parlement". Un discours qui rejoint celui tenu par M. Sarkozy lors d'un déplacement à Limoges, jeudi ; le président de la République évoquait alors la nécessité d'aborder la question des structures territoriales dès 2009.
par Site des Chevenementistes publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 22 mai 2008
    Non contents de n'avoir rien fait sur l'essentiel et depuis tant d'années, nos technocrates ont pris l'habitude de se rattraper sur le superflu. Dernier exemple ? La refonte imminente, mais, espérons-le, pas inéluctable, de nos bonnes vieilles plaques minéralogiques.

    Force est de constater que les plaques d'immatriculation de nos véhicules ne répondaient plus aux critères de convergence du savoir-vivre tels qu'ils sont édictés à Paris ou Bruxelles. Pensez-vous ! Permettre au quidam de reconnaître, d'un simple coup d'oeil, le département d'immatriculation de tout véhicule, d'identifier de loin la voiture d'un ami de passage ou de se méfier d'un conducteur qui ne connaîtrait pas la région alors que, comme chacun sait, le monde mondialisé est à tout le monde... quelle balourdise !

    Heureusement, nos technocrates nous ont mijoté en douce une toute nouvelle plaque minéralogique à la sauce du progrès. Elle présentera dorénavant, pour notre plus grand bien, une succession de chiffres et de lettres attribuée au niveau national, sans aucun signe distinctif d'un département, d'une ville ou d'une quelconque région. Un numéro de série qui n'évoquera plus qu'un univers insondable de paperasses obscures et de fichiers barbares. L'aléa mathématico-administratif enfin reconnu à sa juste valeur en lieu et place de la représentation d'un territoire.

    Précision : si le propriétaire du véhicule le désire, l'administration lui permettra, suprême tartufferie, d'ajouter sur sa plaque, à la suite de son numéro de série mais en plus petit, le numéro de département de son choix (!), voire tout autre macaron à connotation vaguement géographique. Quelque chose du genre "Toulousain malin", "Bienvenue chez les Ch'tis" ou "Fier d'être Marseillais". Rien que de très conforme à la veine folklorico-touristique qui, dans cette époque où le ridicule ne tue plus, semble devoir faire office d'aménagement du territoire.

    Qu'est-ce qui motive les hommes et les femmes, car il y en a forcément, à l'origine de ce fumeux projet ? Quel grand dessein anime ces cerveaux ? De quel bois révolutionnaire se chauffent-ils ? Sont-ils insensibles au point de ne pas comprendre que, sur une aire d'autoroute normande, dans un village des Vosges et même place de l'Etoile, la vision d'une Clio blanche immatriculée 75 ne procure pas exactement le même effet que la vision d'une Clio blanche immatriculée 74, toutes options du véhicule étant égales par ailleurs ? Comme une manière quotidienne et plaisante, pour le petit peuple, d'appréhender le réel, de ne pas se noyer dans le tourbillon sans âme d'un monde anonyme.

    Jusque-là, en matière de bagnole, chacun avait à peu près saisi le discours : les phares blancs, c'était pour mieux y voir ; les plaques jaunes et blanches, pour mieux être vu. Mais là, avec ces plaques fantomatiques, pas l'ombre du début d'un argument... Etait-ce trop simple d'ajouter une quatrième lettre là où trois ne suffisaient plus ? Si difficile, pour une fois, de ne rien réformer du tout ?

    Face à cette stupéfiante décision, une seule explication paraît tangible : permettre enfin à nos talentueux décideurs de ne plus avoir à arborer un rictus emprunté quand, au volant de leurs berlines estampillées 92, 78 ou 75, les beaux jours revenus, ils arpentent en famille les chemins du Lubéron, du Lot, de Bretagne, de Corse... Mais s'ils ne sont pas l'aise avec la France telle qu'elle est, riche en provinces et jalouse de ses charmes, proposons-leur une alternative bien plus radicale : partir en avion, et gagner la clémence de tropiques sans histoire. Ou bien, qu'ils restent en France et qu'ils se mettent au vélo. Mais au moins, qu'ils nous laissent nos plaques !

par Site des Chevenementistes publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 9 décembre 2007
par Site des Chevènementistes publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 8 octobre 2007

Extrait des mémoires d’Y. Bertrand , ex patron des RG

 
« Il y avait - et il y aura toujours – chez cet homme (Jean-Pierre Chevènement) une qualité que l’on retrouve, somme toute, assez peu en politique : le courage d’être soi même. C'est-à-dire, en dernière analyse, le courage tout court. Cet homme là a porté très haut « une certaine idée de la République » aux antipodes du laisser faire et de la facilité. Exigeant avec lui-même comme avec les autres, il fut pour moi un ministre exemplaire. »

 

par Y. Bertrand , ex patron des RG publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 28 septembre 2007
    Depuis quelques semaines, les Bretons se sont découverts nantis d’un avantage en nature et, pour certains, en espèces, dénommé Breizh Touch.

    La Breizh Touch, présentée par la presse sur le mode exalté, a d’abord laissé ceux qui l’évoquaient légèrement perplexes : fallait-il dire braisetouche, breill’z’touch’, braÿztoutch, brézteutch, breÿc’htaoutch, brèysstatch, brèzteuch ? Breizh, autrement dit Bretagne en breton surunifié, désormais devenu officiel.
    En effet, en 1941, sur ordre du dignitaire nazi en charge des affaires bretonnes, l’orthographe du breton, déjà unifiée à l’exception de celle du dialecte vannetais, a été surunifiée, le mot Breizh étant le symbole même de cette surunification, le «zh» signifiant que l’on prononce Breih en vannetais et Breiz ailleurs.
    Pour les bretonnants de naissance, le mot Breizh, accolé au mot touch, du verbe touchañ, conduire les bestiaux, était énigmatique, mais au diable les hésitations : une fois compris que le mot Bretagne, sous la forme Breizh, uni à un vocable anglo-américain, se change en label commercialisable, tout devient clair.
    Et, pour ceux qui peineraient encore à comprendre, en tout petits caractères, au bas d’une affiche montrant une tour Eiffel saucissonnée de manière à ressembler à un phare breton (le célèbre phare du label «produit en Bretagne»), se trouve la traduction : Breizh Touch = esprit Bretagne.
   
La Breizh Touch, brassant bagadou, cyber-fest-noz (au pluriel: cyberioù-festoù-noz), Breizh-en-Seine avec en prime océan-high-tech, expo-Breizh-numérique et Breizh-parade retransmise dimanche prochain par TF1 en direct des Champs-Elysées, va donc déferler : trois mille sonneurs sonnants défilant en bagadou comme les formations paramilitaires dont ils sont issus - «une panzerdivision, la musique en plus», pour reprendre les termes de Jean-Pierre Pichard, le président du Festival interceltique de Lorient (1).
    C’est lui qui a eu l’idée de cette manifestation paroxystique de la celte attitude unissant Bretons, Irlandais, Gallois et autres frères de race, tels que Galiciens et Acadiens du Nouveau-Brunswick (dont il est convenu de ne pas demander ce qu’ils ont de celte).

    La Breizh Touch est le complément de la celte attitude : le Breton qui ne l’a pas est un faux Breton, celui qui n’en veut pas est un mauvais Breton, et celui qui n’apprécie pas la Breizh Touch est un jacobin. Le jacobin est l’ennemi du Breton : il est français. Le Français n’a pas la Breizh Touch ; il a une identité faible, quoi qu’en dise Sarkozy, et n’a donc pas lieu d’en être fier. Le Breton, lui, a une identité forte ; il le prouve par la Breizh Touch qui la promeut ; voilà pourquoi il est fier d’être ­breton.
    Le Breton qui n’est pas fier d’être breton n’est pas un bon Breton, et le Breton qui dit que cette bretonnerie labellisée le dégoûte est antibreton.

    L’antibreton, fort susceptible d’être aussi jacobin, vous expliquera que cette opération de business identitaire appuyée par les médias soutenus par des industriels est une opération politique.
    L’antibreton évoquera en termes malséants le label «produit en Bretagne» dont le phare sur fond bleu et jaune orne désormais pâtés, andouilles, livres et CD. Il dénoncera l’indispensable «yoghourtisation de la culture». L’expression est de Reynald Secher, auteur d’une Histoire de la Bretagne en bande dessinée dénoncée en son temps dans les colonnes de Libération. «Il faut yoghourtiser la culture bretonne», aurait-il affirmé, d’après le Huchoer, journal indépendantiste breton.

    Bien que cela n’intéresse personne, l’antibreton ne manquera pas de rappeler que «produit en Bretagne» est une association émanant de l’Institut de Locarn.
L’association «produit en Bretagne» a été déclarée en préfecture le 9 février 1995 avec pour siège l’Institut de Locarn (cultures et stratégies internationales).
Le 14 mai 1993 avait été déclarée une première association Coudenhove-Kalergi-Aristide-Briand établissant les liens de l’Institut de Locarn avec l’Union paneuropéenne fondée par le comte de Coudenhove-Kalergi.
Les principes de la pan-Europe sont simples : christianisme, anticommunisme, reconnaissance du droit des groupes ethniques à l’autodétermination.
Rien d’étonnant donc si l’archiduc Otto de Habsbourg, son président d’honneur, connu pour ses liens avec l’Opus Dei, est venu en personne inaugurer l’Institut de Locarn.
Produit en Bretagne est une association complémentaire, au service d’un projet politique : faire de la Bretagne un dragon celtique dans une Europe des ethnies enfin délivrée de l’esprit des Lumières.

    L’antibreton s’acharnera à démontrer que l’Institut de Locarn, rassemblant un club de patrons bretons pleins d’ardeur à servir leur région, nourrit un projet réactionnaire visant à en finir avec l’héritage de la Révolution française : privatisation, libéralisation, démantèlement des lois sociales, recours à l’identitaire pour inscrire la Bretagne dans une Europe des régions unissant les nations celtes en voie d’obtenir leur indépendance. Oui, pourquoi le nier, le pays de Galles, l’Irlande et l’Ecosse doivent servir de référence au modèle breton.
Il faudra bien que le Français à l’identité faible accorde son autonomie au Breton, dont l’identité forte sera révélée sur les Champs-Elysées avec la force d’une panzerdivision par le biniou et, comme le dit Pichard, la musique en plus.

    Le vrai Breton est fier que Patrick Le Lay, un des fondateurs de l’Institut de Locarn, et Patrick Poivre d’Arvor s’associent aux patrons bretons pour célébrer son identité et la lui révéler : Le Lay, qui proclame haut et fort qu’il n’est pas français mais breton, nationaliste breton, a déjà fondé TV Breizh avec François Pinault, Rupert Murdoch et Silvio Berlusconi ; quoi de plus naturel qu’il soit associé à son ami Pinault pour célébrer la Breizh Touch ?
    L’antibreton, qui se proclame le plus souvent de gauche, ira jusqu’à s’étonner que ce soient des élus socialistes, le président du conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian, et le maire de Paris, qui aient pris l’initiative de cette dérive identitaire brassant tous les vieux thèmes de Breiz Atao à l’ombre du drapeau breton. Rappelons que Breiz Atao est le nom d’un groupe autonomiste breton rendu célèbre par sa collaboration avec les nazis. L’un de ses fondateurs, Maurice, dit Morvan, Marchal, a dessiné en 1923 le drapeau breton à bandes noires et blanches, appelé gwenn-ha-du («blanc et noir»).

    L’antibreton dénoncera le communautarisme de la droite du PS, son allégeance au patronat ultralibéral. Il rappellera que Jean-Yves Le Drian, président socialiste du conseil régional, est allé en juin 2006 présenter son programme à l’Institut de Locarn, jurant de faire de la Bretagne une nouvelle Irlande avec l’appui des autonomistes qu’il a fait entrer au conseil régional. Et il relèvera, bien sûr, le coût de la Breizh Touch : 2,5 millions d’euros dont 1,5 million sorti tout droit de la poche des Bretons, qui se prononcent majoritairement, quand on les consulte, contre la décentralisation, sans même parler de l’autonomie, à laquelle ils vont avoir droit, bien qu’ils soient moins de 3 % à la demander.

    L’antibreton acharné ira jusqu’à parcourir le site Internet de la Breizh Touch et railler les propos tenus par les grands auteurs invités pour la célébrer.
Il vous citera en ricanant les déclarations d’Irène Frain sur la Breton pride, celles d’Alan Stivell expliquant qu’il a découvert son identité à l’âge de 9 ans, quand son père a inventé la harpe celtique (laquelle allait devenir, comme le drapeau et le bagad, mis au point peu avant, le symbole millénaire de l’identité bretonne) et celles d’Erik Orsenna assurant que, partout dans le monde, il trouve une bouteille de Coca-Cola et un Breton, et qu’il aime mieux le Breton.

    L’antibreton, qui ne comprend pas que l’important pour le Breton c’est de faire la fête, dénonce la cocacolisation du Breton après la yogourthisation de la culture, et voit dans la Breizh Touch une bécassinade à relents ethnistes. Une bécassinade ! Quand tant de personnes qui font la preuve de leur compétence dans le domaine qui est le leur participent à cette vaste opération… C’est le comble.
(1)  Ouest-France, 7 août 2007.
Auteure du Monde comme si, nationalisme et dérive identitaire en Bretagne, paru chez Babel/Actes Sud en 2005.
par Francoise Morvan publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 25 septembre 2007

Deux hommes apparemment très différents  

Pour le physique, ce n'est pas cela. On ne compare jamais Sarkozy à Giscard. Pas le même milieu social ni les mêmes parcours scolaire ou politique. Giscard est un polytechnicien-énarque, un haut fonctionnaire à la française, impérieux et conceptuel ; Sarkozy est un avocat d'affaires qui « fait des deals ».

Deux présidents "people" à l'américaine

Et pourtant. Avec Louis Napoléon Bonaparte, ils sont les deux plus jeunes présidents de la République de l'Histoire. Cela crée des liens. Un style. Sarkozy court ou pédale quand Giscard skiait ou jouait au tennis. Giscard abandonne le smoking pour descendre à pied les Champs-Élysées. Sarkozy choisit un photographe people pour la photo officielle de président. Ç'aurait pu être l'inverse. Giscard reçoit les éboueurs à l'Élysée ; Sarkozy, un enfant noir traité de « bamboula » par son prof. Ç'aurait pu être l'inverse. Giscard a décentralisé en province des Conseils des ministres. Sarkozy aussi. Giscard a nommé les premières femmes d'un gouvernement de la Ve. Sarkozy a appliqué une parité presque parfaite. On appelait le premier VGE, le second, Sarko. L'ère des sigles et des abréviations. De la décontraction. À l'américaine.

Giscard se fit photographier avec ses quatre enfants. On se souvient du petit Louis sous le bureau du ministre de l'Intérieur, ou des images glamour de la famille recomposée de Sarkozy lors de la passation des pouvoirs. Le mythe Kennedy hante les deux hommes. Giscard se baigne dans une piscine avec Gerald Ford, et Sarkozy mange des hot dogs avec George Bush. Modernité, télévision, Amérique, triptyque magique.

Deux hyper-présidents qui ont séduit la gauche libérale européiste et atlantiste

Giscard voulut transformer la Ve République en un vrai régime présidentiel. À l'américaine. Il rendit inutile son premier ministre : Jacques Chirac. Le poussant finalement à claquer la porte. Giscard inventa « l'ouverture » : « la décrispation ».

    Déjà, il rêvait d'une « démocratie moderne », divisée entre républicains et démocrates, d'accord sur l'essentiel, qui pourraient travailler ensemble. À l'époque, il séduisit les centristes antigaullistes (Lecanuet, mais aussi JJSS, Françoise Giroud, jusqu'au radical de gauche, Robert Fabre). S'il avait gagné en 1981, il comptait tendre la main aux amis de Michel Rocard. Sarkozy achèvera son oeuvre, piochant dans les effectifs souvent brillants de la deuxième gauche : Jouyet, Kouchner, Besson, Bockel. La gauche américaine, disait Chevènement dans les années 1970.

    Une gauche libérale, girondine. Qui préfère le contrat à la loi. Raymond Soubie, déjà conseiller de Barre, est revenu à la manoeuvre sociale sous Sarkozy. Une gauche européiste et atlantiste aussi. Sarkozy a tout de suite ressuscité la Constitution Giscard recalée par le référendum. Pour les symboles de l'État européen, disparus du minitraité, Sarkozy s'en charge, comme le drapeau étoilé sur la photo officielle, ou le défilé des armées européennes sur les Champs-Élysées. L'atlantisme est surtout exprimé par ses ministres : Hervé Morin annonce le retour de la France dans l'OTAN ; Bernard Kouchner menace l'Iran d'une guerre.

Deux hommes  sans cohérence politiquequi tournent le dos aux Suds

Enfin, Sarkozy, comme Giscard, a compris qu'à l'ère de la mondialisation chaque peuple se sent menacé dans son « identité nationale ». Un mot qu'utilisait déjà Giscard quand les gaullistes préféraient souveraineté ou indépendance. Un Giscard qui a prophétisé à la fin des années 1980 l'« invasion » venue des pays pauvres.

À étudier les difficultés et les contradictions du septennat giscardien, on devine et pressent ce qui risque de pourrir le quinquennat de Sarkozy. Sur le plan intérieur, à la politique de relance de Chirac, succéda la « rigueur » de Barre. La présidentialisation du régime encouragea les critiques contre le monarque Giscard ; l'interventionnisme giscardien ne permit jamais au premier ministre de jouer vraiment son rôle de fusible ; l'impopularité de Barre ne protégea pas le président. 

Sur le plan extérieur, les gaullistes dénoncèrent « le parti de l'étranger ». On est encore loin de cette violence. Mais, lorsque, rédigeant un rapport sur la France dans la mondialisation, Hubert Védrine brocarde la « sainte alliance » occidentale, il exaspère l'aile droits-de-l'hommiste et occidentaliste du sarkozisme.

En Europe, Sarkozy doit affronter les contradictions - décuplées par l'élargissement à 27 - que commençait à rencontrer Giscard : quand on accélère la construction européenne, qu'on étend les domaines jetés dans la fournaise des compétences communautaires, on s'aperçoit que la France est souvent isolée en Europe.

 Politique économique, Banque centrale européenne, euro fort, protectionnisme, politique industrielle, les positions de la France exprimées haut et fort par Sarkozy horripilent la plupart de nos partenaires.

Deux hommes qui ne furent pas réélus

Pendant sa campagne électorale, ce «souverainisme éclairé» bonapartiste et gaulliste lui a attiré de nombreux suffrages populaires, arrachés de haute lutte au FN, un simple groupuscule dans les années 1970. Grâce à ce choix audacieux, Sarkozy a quasiment retrouvé le score de Giscard au premier tour de 1974 (32 %).

Mais Valéry Giscard d'Estaing ne fut pas réélu.

par Eric Zemmour publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 24 septembre 2007
La gauche au service de la France

    Le Parti socialiste a été longtemps, et presque par nature, un parti d'opposition. Il a fallu les institutions de la Ve République pour qu'il devienne un parti de gouvernement, et François Mitterrand pour inscrire son action dans la durée. Durer, toutefois, n'est pas un projet. L'Europe à laquelle a été sacrifiée, en 1983, la perspective sur laquelle était fondé le parti d'Epinay nous a inscrits dans le mouvement de la "globalisation" sans nous permettre de l'infléchir. Le peuple français a dit non à cette Europe-là, le 29 mai 2005.

    La perspective "fédéraliste", illusoire en fait dès le départ, a désormais fait long feu. L'Europe est constituée d'une trentaine de nations qui ne veulent pas disparaître et le font savoir. Quant au rêve d'une Europe qui serait une "plus grande France", il n'a pas résisté à la réalité des élargissements successifs. L'Europe est et restera une coopérative de nations dont, avec d'autres, nous pourrons essayer de faire évoluer le contenu. En tout état de cause, la France, elle, restera.

    Je ne pense donc pas que ce soit par inadvertance que François Hollande, dans son discours de La Rochelle, a assigné comme tâche aux socialistes de se mettre "au service de la France". Depuis deux décennies, en effet, il a manqué au Parti socialiste un projet pour la France, ambitieux et crédible à la fois. Là est la raison de l'échec de la gauche aux trois dernières élections présidentielles.

    Il faudra bien entendu inscrire ce projet dans une géopolitique européenne et mondiale. Comment rester les alliés des Etats-Unis sans pour autant devenir leurs vassaux ? Et si nous devons chercher à créer avec l'Allemagne une véritable solidarité de destin, cela ne signifie pas que nous devions toujours lui emboîter le pas, et encore moins sacrifier notre modèle au sien. Celui-ci n'est pas sans mérite, mais la République ne se résume pas à la subsidiarité.

    Dans l'Europe à vingt-sept, la France n'est pas structurellement majoritaire. Elle doit nouer des alliances avec les grands comme avec les petits pays européens, et renforcer ses partenariats avec de grandes puissances comme la Russie, le Brésil, l'Inde, la Chine et, même si ce n'est pas aujourd'hui à la mode, en créer demain avec la Turquie et l'Iran. La France enfin doit rester fidèle à sa vocation méditerranéenne et africaine. C'est ainsi et non en nous alignant sur la politique de George W. Bush qu'une gauche républicaine pourra donner à la France les marges de liberté qu'aujourd'hui elle a perdues ou est en train de perdre.

    La gauche doit d'autant plus élaborer un projet pour la France que Nicolas Sarkozy, ayant affiché vis-à-vis des électeurs un très fort volontarisme politique, va se trouver confronté à une impuissance de fait, à laquelle il n'est d'ailleurs pas étranger. Le traité dit "simplifié" va encore la renforcer : euro de plus en plus surévalué dont il n'a pas obtenu, dans cette négociation bâclée, qu'il soit l'affaire des gouvernements ; politique commerciale négociée entre MM. Mandelson et Lamy ; politique budgétaire sous surveillance de la Commission, surenchérissant sur les dispositions du pacte de stabilité de 1997 ; politique industrielle, enfin, à la merci des oukases de Nelly Kroes, commissaire à la concurrence. Si libéral qu'il soit, le nouveau président de la République va trouver très vite, en Europe, plus libéral que lui.

    Une critique sans principe serait, pour la gauche, une erreur. La gauche doit se définir non par rapport à Nicolas Sarkozy, mais par rapport à un projet pour la France. Et celui-ci doit s'appuyer sur la critique de la "globalisation" en prenant, bien sûr, tous les moyens de l'infléchir. Si le socialisme en effet s'est toujours défini d'abord comme une critique du capitalisme, nous sommes dans la réalité, et c'est pour la modeler que la gauche peut légitimement vouloir revenir au gouvernement. Elle ne doit pas d'abord compter sur les échecs de la droite. Une fraction non négligeable de l'électorat attend d'elle mieux qu'une alternance : une vision alternative.

    Il faut constater malheureusement que le Parti socialiste né à Epinay a aujourd'hui épuisé sa force propulsive. Non que les objectifs de départ aient perdu de leur pertinence : rassembler la gauche et reconquérir les couches populaires. Mais le monde a changé. Avec l'URSS, le communisme s'est effondré. Confronté au triomphe du néoconservatisme libéral, le Parti socialiste lui-même est déboussolé. Pour retrouver sa crédibilité, la gauche doit prendre un nouveau départ.

    Pour cela, la gauche doit d'abord surmonter ses divisions et d'abord peut-être ses sectarismes et ses querelles personnelles. Mettre tout le monde autour d'une table. Ce peut être le rôle des Assises de la gauche que de préparer un congrès de refondation de toute la gauche. Priorité au cadre : une nouvelle structure est nécessaire pour accueillir l'élan des générations nouvelles. Comme l'a observé avec justesse François Hollande : "Dans une ville, dans un département, nous avons besoin de toutes les cultures de la gauche : communiste... radicale... républicaine... écologiste." Il me semble qu'un tel parti doit se fonder sans trop d'a priori. De même que l'UMP a su rassembler toutes les familles de la droite, de même un grand parti de toute la gauche doit fédérer toutes ses sensibilités.

    Sans doute il faudra au départ un choix européen qui reconnaisse le rôle des nations, et d'abord de la nôtre, et une vision des règles de la mondialisation que nous voulons infléchir. Mais il faudra surtout laisser un espace au débat. Celui-ci est nécessaire. Pourtant, on ne peut vouloir le clore avant d'avoir créé le cadre où il prendra son sens vis-à-vis du pays. Aujourd'hui, les querelles internes du Parti socialiste sont rebutantes. Priorité donc au rassemblement et à l'organisation du grand parti dont la gauche a besoin pour que l'alternance, si possible, puisse intervenir en 2012. L'idée de vouloir créer deux partis à gauche, l'un social-libéral, l'autre révolutionnaire, empêcherait la fécondation mutuelle des idées et nuirait aussi bien à la dynamique qu'au sens de la responsabilité dont la gauche a également besoin. Chaque parti actuel de la gauche apportera son meilleur au parti futur. Le Parti communiste, en particulier, doit savoir clore une histoire qui, à certains moments, a eu sa grandeur. Le repli sur l'esprit de boutique signifierait seulement la résignation à voir le libéralisme dominer la gauche elle-même, comme la tentation s'en exprime ouvertement.

    La gauche est à reconquérir. Elle n'a rien à gagner à courir après le centre, sinon à se rendre inaudible. Elle doit d'abord savoir où elle habite. Le temps est compté. Pour désigner en 2010 un candidat qui soit en mesure de l'emporter en 2012 sur un projet qui parle à la France, c'est en 2008 que doit se tenir le Congrès de la refondation républicaine. Sinon, ce sera, encore une fois, la défaite.

-----------------
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen
Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Le Monde, édition du 22 septembre 2007
par Jean Pierre Chevènement publié dans : Republique Nation
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 3 avril 2007
Le matraquage d'image a commencé.

Celles de la gare du nord mettant en scène des "brutes basanées qui cassent tout" viennent fort opportunément compenser les images désastreuses du pouvoir qui emprisonne les directrices d'école et pourchasse les grands pères dans la rue à coup de lacrymos.

A sa manière subliminale, à peine énoncée mais vite absorbée par le téléspectateur, on devine aussi le lien avec le débat poisseux de la semaine passée sur le ministère de l'immigration et de l'identité nationale proposé par Sarkozy. C'est pourquoi je voudrais prendre le temps de revenir sur un épisode récent à propos de la réplique de Ségolène Royal à Marseille, si stupidement brocardée.

Il s'est dit beaucoup de choses de toutes sortes concernant le drapeau et la Marseillaise après ce discours. Je ne suis pas neutre sur le sujet. Je dois dire honnêtement que je n'ai de problèmes ni avec l'hymne ni avec le drapeau. Et pour me situer plus clairement encore, j'avoue que je ne compte plus le nombre de fois ou j'ai chanté dans les circonstances officielles où il est pourtant de bon ton de rester muet quand on joue l'hymne national. Par exemple, pendant l'hommage national pour Lucie Aubrac aux Invalides, représentant le Président du Sénat , je la chantais. Mais pas mon voisin sous la pluie, monsieur Sarkozy. N'est-ce pas étrange? On demande aux joueurs de foot de chanter la Marseillaise dans un stade avant un match mais cette exigence ne s'applique pas aux ministres au cours d'un hommage national devant le cercueil d'une résistante dans la cour des Invalides ?

IL FALLAIT REPONDRE!

Je veux dire plus. J'adhère totalement à ce qu'a dit Ségolène Royal à propos de la Marseillaise.

A gauche nous avons trop longtemps assimilé aux seuls Versaillais l'hymne tandis qu'il est pour le reste du monde un chant de liberté et de rébellion indissolublement lié à l'histoire des révolutions populaires. Il ne s'agit pas ici de commentaire musicologique. Il s'agit de dire et définir à cette occasion en quoi consiste notre vision de la France.

Cependant je comprends très bien la nature du trouble qui a été créé. Moi aussi, j'aurais été très mal à l'aise si ce qu'elle en avait dit avait été la course poursuite derrière Sarkozy que les esprits superficiels ont voulu voir. Mais elle a dit le contraire de lui ! Dès lors, j'affirme qu'il n'y a rien de plus normal, légitime et nécessaire venant de quelqu'un qui est candidate pour être présidente de la République que de répliquer à la définition de la Nation et de l'identité nationale donnée par Sarkozy à l'occasion de sa proposition d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. Je juge positif et utile qu'elle y ait répondu. Son silence aurait posé problème.

Elle a eu raison de s'exprimer !

Les citoyens vont aussi trancher ce débat : ou bien la vision ouverte et universaliste de l'identité républicaine des français que décrit Ségolène Royal après tous les socialistes français ou bien l'identité nationale ethniciste que postule Sarkozy dans la tradition maurassienne de la droite classique.

Elle a bien fait de reprendre la balle au bond et d'assumer le débat. Par contre en réduisant la question posée et les réponses données à la misérable " question du drapeau ", nombre de commentateurs se sont montrés particulièrement malveillants et nuisibles à l'exigence que suppose ce débat compte tenu de sa portée. Surtout ils sont parvenus à faire un amalgame entre deux positions pourtant antinomiques.

Un beau rideau de fumé! Son seul résultat est de dédouaner l'affreuse proposition de monsieur Sarkozy.

J'invite donc chacun à prendre le temps de la réflexion et de la lecture du discours de Ségolène Royal avant de se livrer à d'outrageantes simplifications. Et pour commencer, comme d'habitude, il faut d'abord définir clairement quel est le sujet réel de la discussion: le discours de Ségolène où sa simplification médiatique.

Je note que l'industrie du spectacle et de l'information prenant comme d'habitude les gens pour des animaux a mis en scène la discussion sur le drapeau car tout le reste de ce que disait le discours de Ségolène Royal sur l'identité nationale était sans doute " beaucoup trop compliqué coco c'est pas de l'actu c'est de la philo, faut faire simple et concret " !

Suivant la règle bien connue du frelon médiatique, ce qui était un extrait devient l'essentiel qui bourdonne autour de vos oreilles et contre quoi vous ne pouvez rien sinon gesticuler sans qu'on comprenne pourquoi vu de loin.

Selon cette façon de faire, Ségolène Royal aurait proposé le drapeau pour tout programme. Une fois cette idiotie lâchée, tout le monde embraye car il de l'intérêt de beaucoup de faire semblant que tel soit bien le sujet...

Et là-dessus la machine à commenter se met à tourner toute seule.

Hypocritement, chacun commente non ce qu'elle a dit mais ce qui s'en dit. Arrive les grands esprits qui prennent des pauses raisonnables.

Ainsi de monsieur Bayrou, champion du monde des leçons de morale.

Lui accuse monsieur Sarkozy et madame Royal de " courir derrière Le Pen " et même de " faire son jeu ". Tel quel.

Peut lui importe que le contenu de la définition de l'identité nationale que donne Ségolène Royal soit l'exact inverse de celle qu'en donne Le Pen. Cette rouerie est à l'image de ce qu'est en général le tour d'illusionniste de monsieur Bayrou sur pratiquement tous les sujets.

Mais dans cette circonstance, je veux vous en donner un exemple particulièrement odieux. Pourquoi n'a t il pas été relevé ? La capacité d'indignation médiatique s'arrêterait elle au pied de monsieur Bayrou iconisé tout vif.

Voici ce que monsieur Bayrou a pu dire sans que rien ne lui soit répliqué, juste après avoir fielleusement dénoncé ceux qui seraient des "obsédés de l'identité nationale" et qui feraient "le jeu de Le Pen".

LES ACCOUCHEES SONT DES FRAUDEUSES

Monsieur Bayrou a déclaré: "Je suis favorable à ce que la nationalité française ne soit plus automatique, dès l'instant qu'en Guyane ou à Mayotte, on est venu seulement pour accoucher sur le territoire national" (23 mars 2007 à la Réunion) Prenez un instant pour réfléchir au sens de cette phrase, à l'image qu'elle porte en elle.

Inhumaine, injurieuse, vulgaire et machiste cette vision de la femme étrangère qui vient sournoisement pondre son oeuf par effraction dans le nid des autres.

Je pourrais m'en tenir là. Je pourrais me contenter de coller juste aussitôt après les dizaines de citations de Le Pen faites avec les mêmes mots pour dire la même chose infâme. Mais cela ne suffira pas à situer le degré du scandale qu'est cette phrase là, dans la bouche de cet homme là.

Car elle porte une information fausse, que le parlementaire Bayrou ne peut ignorer compte tenu des débats qui ont eu lieu dans les deux chambres à ce sujet.

Et à 7 reprises depuis 1986 et les premières lois Pasqua sur le code de la nationalité! Au minimum, par respect pour ses propres votes personnels, toujours favorables aux propositions de monsieur Pasqua et de ses successeurs de droite , monsieur Bayrou devrait au moins faire semblant de penser que ce qu'il a voté contre le droit du sol avait un sens. Monsieur Bayrou ment car il sait que la nationalité française n'est pas du tout automatique du moment où on est né en France. Et cela depuis les lois qu'il a lui-même voté!

Notre pays connaît le double droit du sol (est Français à la naissance l'enfant d'un étranger lui-même né en France).

Cela suppose donc deux générations nées sur place. Le cas précis de celui qui naît parce que sa mère s'est sournoisement faufilée dans l'océan indien ou à travers la forêt guyanaise pour le mettre au monde chez les français est simple : il n'a aucun droit automatique à la nationalité française ! Celle -ci ne lui pas accessible avant l'age de treize ans (avec l'accord des parents) ou de 16 ans (sans cette autorisation).

Il ne suffit donc pas d'accoucher pour que tout soit dit. Il faut attendre treize ans au minimum! Et à ces conditions d'âge s'en ajoutent d'autres liées notamment à la durée du séjour sur le territoire français.. C'est dans ce contexte que se situe la phrase de monsieur Bayrou répété sur toutes les ondes et médias sans commentaires ni mise au point. C'est ignoble quand on connaît les conditions dans lesquelles s'opère l'immigration des Comores vers Mayotte.

Des dizaines de barques incertaines y pourvoient contre fortune dans l'océan indien dont les passeurs sont connus pour jeter à la mer et aux requins leur passagers à la première difficulté, sans faire de différence entre les femmes enceintes ou pas !

Ce qu'a dit monsieur Bayrou n'a donc aucune réalité.

Il s'agit seulement de relancer une grossière polémique déjà allumée et entretenue il y a quelques mois quand des illuminés avaient proposé de faire des tests génétiques pour vérifier l'origine des mahorais présents sur l'île de la Réunion !

C'est dans ce contexte qu'il a pensé trouver de l'efficacité électorale avec un racolage xénophobe!

Et le tout, bien sur,avec des mines de bedaud pour débiter ses reproches à Ségolène Royal et en l'invitant à se montrer "raisonnable".

Avec cette phrase dont vous mesurez dorénavant le stupéfiant culot de manipulateur : "Il y a des forces politiques ou des personnalités politiques qui font de ces sujets une exploitation. Quand ils sont en panne de voix, ils vont agiter ces sujets, ils vont se servir de ça comme d'un tisonnier pour faire repartir des flammes mal éteintes".

Jean-Luc Mélenchon

par JJ Mélenchon