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Vendredi 5 Septembre au Dimanche 7 Octobre 2008:
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Mercredi 7 septembre 2005

Télérama : S'il y a un domaine où règne un dogmatisme religieux, dites-vous, c'est bien l'économie... Est-ce encore le cas depuis que l'ultralibéralisme des années 80 a déchanté ?

Jean-Claude Guillebaud :
Nous sommes dans un système où 50 millions de riches disposent d'autant de richesses que 2,7 milliards de pauvres. Aux Etats-Unis, 17 % du revenu brut sont accaparés par 1 % de la population. Et on nous demande de penser que tout est normal... Il faut vraiment être bigot pour accepter un système pareil !

Récemment, j'étais invité dans une école de commerce à Nantes. C'est vraiment un de ces lieux ultra modernes où l'on a l'impression de se retrouver dans un temple du libéralisme. Face à un amphi plein, j'ai déclaré de but en blanc que le libéralisme, aujourd'hui, a emprunté au communisme presque tous ses défauts. Surprise des étudiants. J'ai dix arguments à l'appui de cette thèse, voulez-vous que j'en développe quelques-uns ? Et je me suis lancé : on vous apprend que le plus important c'est l'économie, et que le reste est secondaire. Le marxisme disait la même chose, on sait sur quoi ça a débouché. On vous dit aussi que si une économie ne marche pas bien, c'est que le système n'est pas assez libéral, qu'il faut déréguler, flexibiliser. Dans les pays communistes, ça ne marchait pas non plus, parce qu'on n'était pas encore assez communiste, pas assez collectivisé. La promesse d'un marché parfait parce que dérégulé, débarrassé de toute rigidité, ressemble aux lendemains qui chantent et à l'avenir radieux promis par le communisme ! Le débat a été animé, on a fini la soirée à 1 heure du matin.

Télérama : Aux croyances à la carte - chacun choisit ce qui lui plaît dans un catalogue infini -, vous opposez un « besoin paradoxal d'institution »...

Jean-Claude Guillebaud :
La modernité a été un mouvement de conquête contre les institutions. Il nous reste l'idée que quand on critique, quand on fait dissidence, on s'affranchit d'une oppression. Le processus de disqualification des institutions se poursuit : d'abord les Eglises, l'école, puis l'Etat providence, le Code du travail. C'est le même mouvement. On est allé très loin dans le rejet avec l'impression qu'on se « libérait ». Or, sans institutions, la croyance est folie. Les grandes institutions religieuses sont des machines à apprivoiser la croyance, à la transformer en un socle commun de civilisation. Il faut bien observer, par exemple, l'histoire de l'Eglise catholique : en deux mille ans, elle a toujours tendu à rigidifier son message, mais celui-ci s'est perpétué et est resté vivant aux lisières, grâce à de grands saints comme Thérèse d'Avila, à des franciscains contestataires, à des gens comme Bartolomé de Las Casas... Du côté des juifs et des musulmans, Spinoza ou Maimonide étaient eux aussi marginaux. Dans le domaine scientifique, les grands inventeurs se sont presque toujours heurtés aux courants dominants et dogmatiques. Pourtant, s'il n'y avait pas eu d'institutions, ils n'auraient pas pu travailler. C'est un jeu complexe, je fais donc « l'éloge paradoxal des institutions » : on a besoin qu'elles existent, il faut à la fois les soutenir et les soumettre à la critique
.
 
Par Jean-Claude Guillebaud
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Jeudi 15 septembre 2005

(Commentaires en rouge)

Salaires: Aucun rapport évidemment entre la hausse des rénumérations des professionnels de la santé et  l'aggrandissement du trou de la sécurité sociale...

* 185 600 euros :
C'est le revenu moyen d'un radiologue, avec de grandes disparités selon les régions. 52 400 euros, c'est le revenu moyen net de charges d'un psychiatre en 2002. Le nombre de femmes médecins devrait augmenter de 28% d'ici à 2025 et représenter 52% des médecins en activité. Aujourd'hui, 207 000 médecins sont en activité.

* 1,9%: c'est l'augmentation des revenus par an des médecins spécialistes entre 1993 et 2003

* 19,7% : c'est la différence de salaire en 2003 entre un homme et une femme et l'écart ne se résorbe que très lentement. A cette date, un cadre à temps complet perçoit en moyenne 3 577 euros, soit 2,7 fois plus qu'un ouvrier et 2,8 fois plus qu'un employé.

La pauvreté en France: le loto, seul espoir pour sortir de la misère?

* 612 000 logements (soit 2,5% des 30,3 millions en France) ne possèdent ni WC intérieur ni douche. Ils étaient 4% en 1996 et 15% en 1984. Dans les immeubles, le surpeuplement concerne encore un ménage sur cinq. A l'inverse, deux ménages sur trois vivent dans un logement comptant plus de pièces que la norme. En 2004, une résidence principale compte en moyenne 4 pièces.

* 7,8 milliards d'euros : c'est la somme dépensée en 2003 à la Française des jeux. C'est l'équivalent de 130 euros par habitant en moyenne. En 25 ans, les Français ont doublé leur mise, mais restent en dessous de la moyenne de l'Union européenne.

Société: de plus en plus de personnes seules

* 708 000 : c'est le nombre de familles recomposées. Il est en hausse de 10% entre 1990 et 1999. Plus d'une sur deux est constituée d'enfants nés des précédentes unions et du couple actuel.

 L'an dernier, 266 300 mariages ont été célébrés en France, soit 16 600 de moins qu'en 2003.
En 40 ans, la proportion de personnes vivant seules à plus que doublé.

Par Bureau
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Samedi 12 novembre 2005


Que vous inspire la multiplication des incidents dans les banlieues après les déclarations musclées de Nicolas Sarkozy ?


JPC : Soyons justes : la dégradation du climat dans les banlieues procède de causes anciennes et profondes : installation d’un chômage de masse depuis le milieu de la décennie 70, ghettoïsation des quartiers, ethnicisation des rapports sociaux, crise de la citoyenneté. Evidemment, si un ministre de l’Intérieur, doit, par fonction, tenir un langage de fermeté républicain, il doit aussi s’abstenir de recourir à des amalgames provocants. Or, c’est ainsi qu’ont été comprises les expressions employées à Argenteuil  par M. Sarkozy. Il a certes rectifié son propos dans Le Monde du 5 novembre : il lui aura fallu près de deux semaines ! Je ne ferai pas dans l’angélisme. Il n’est pas acceptable de tirer sur des véhicules de police ou de caillasser les pompiers, ou encore de brûler les écoles et les gymnases, mais quand le ministre de l’Intérieur visite une ville de banlieue, il doit éviter de faire monter inutilement la tension, ce qui, à la fin, ne facilite pas la tâche de la police, tâche ingrate car elle intervient « en bout de chaîne », quand tout le reste a échoué.

Mais est-ce que Nicolas Sarkozy n’a pas aussi modifié les règles de l’intervention policière ?

JPC : Je l’avais en effet mis en garde, en lui écrivant dès le 25 juin dernier, quand j’ai constaté sur le terrain la quasi disparition de la police de proximité que j’avais progressivement installée à partir de 1999. Cette police de proximité visait à rapprocher les policiers de la population, en rupture avec la tradition française qui est plutôt celle d’une police d’ordre public. Il s’agissait donc d’adapter la police à la montée de la délinquance dans les quartiers en territorialisant son action : chaque circonscription de police était découpée en plusieurs secteurs avec un commissariat de secteur ou un bureau de police. Mais la police de proximité, à mes yeux, ne se confondait pas avec l’îlotage traditionnel. Au contraire, la police de proximité avait à la fois une mission de prévention et de répression car l’une et l’autre sont également nécessaires. Il faut tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : autant de prévention que possible et autant de répression que nécessaire : la sanction elle-même est un rappel à la règle. La police de proximité exerçait donc pleinement ses prérogatives de police judiciaire au quotidien et agissait en partenariat avec les autres acteurs de la sécurité : principaux de collège, bailleurs sociaux, commerçants, animateurs des collectivités locales, travailleurs sociaux, etc. Cette forme de police, inspirée de ce qui se faisait au Québec et aux Pays-Bas, expérimentée, testée, évaluée de 1998 à 2000, demandait des effectifs et un peu de temps pour réussir. Malheureusement elle a été subrepticement, mais assez vite (en fait, dès la fin de 2002), vidée de son contenu par Nicolas Sarkozy.


Celui-ci a-t-il pris des mesures précises ? Y a-t-il eu des textes ?

JPC : Dans l’annexe de la loi du 29 août 2002 dite d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, j’aurais dû m’inquiéter d’une petite phrase apparemment anodine : « L’objectif d’une police de proximité sera maintenu. Mais sa mise en œuvre ne doit pas se faire au détriment des capacités d’action judiciaire et de la présence nocturne des forces ». La loi donnait à Nicolas Sarkozy 13.500 emplois supplémentaires de 2002 à 2007, dont 6.400 pour renforcer la police de proximité. Je m’interroge sur l’usage qui a été fait de ces moyens supplémentaires …

Le 24 octobre 2002 une circulaire de Nicolas Sarkozy demandait « d’adapter les modalités de mise en œuvre de la police de proximité » … « sans remettre systématiquement en cause le maillage territorial », formule pour le moins inquiétante.

En février 2003 le ministre de l’Intérieur « virait » le Directeur de la Sécurité Publique de Haute Garonne, un ancien de mon cabinet, en prononçant des paroles définitives :

« La police n’est pas faite pour organiser des matchs de foot avec les jeunes des quartiers ». Chacun comprend ce que signifie ce genre de signal : peu à peu la police de proximité a vu fondre ses effectifs. La priorité a été donnée à la police d’intervention appelée à agir en cas d’incident. Une circulaire de la DGPN  du 24 octobre 2004 préconisait enfin de « trouver un meilleur équilibre entre la présence dans les secteurs et l’investigation de terrain ». Il faut décoder tout cela. Les policiers savent faire : la police de proximité avait pour but d’anticiper autant que de réprimer. Désormais on se bornerait à réagir.

Comment cette évolution de la doctrine policière s’est-elle traduite sur le terrain ?

JPC : Très simplement : les unités territorialisées ont été vidées de leurs effectifs et le concept de police de proximité privé de sa substance. Les commissariats de secteur et les bureaux de police sectorisés ont perdu l’essentiel de leurs attributions : ils ne sont plus que des bureaux d’accueil, souvent d’ailleurs dans des tranches horaires limitées à la journée, voire à quelques heures. Les patrouilles de police sont décidées à partir du Commissariat Central. Les unités terrirorialisées ont perdu les trois quarts de leurs effectifs. L’objectif d’une meilleure connaissance réciproque de la police et de la population a été perdu de vue. Il est évident que le passage de voitures sérigraphiées ou banalisées dans les quartiers ne peut pas remplacer les patrouilles régulières de policiers connaissant le terrain et la population. L’action partenariale est inévitablement délaissée. La priorité donnée à une police d’intervention par la généralisation des « BAC » de jour débouche sur le face à face d’une population qui ne comprend pas que la police est là pour la protéger, et de policiers opérant sur un terrain et dans un milieu qu’ils connaissent évidemment moins bien qu’une police de proximité territorialisée. L’équilibre nécessaire entre prévention et répression a été rompu. Et ce n’est pas le recours en dernier ressort aux CRS et aux escadrons de gendarmerie mobile – même s’il peut s’avérer aujourd’hui indispensable – qui recréera la confiance entre la police et la population. C’est toute la conception républicaine de la police qui s’est trouvée atteinte par ce virage doctrinal.

Il est temps de redonner à la police de proximité de la substance, c’est-à-dire des effectifs, en particulier dans les grandes circonscriptions et dans les cités de banlieue. Mais cela suppose une conception humaniste et républicaine de la police, fondée sur la citoyenneté et la responsabilité.

Cela peut-il suffire ?

JPC : Certainement pas. Le moment est venu non pas de « poursuivre », comme l’a dit le Président de la République, mais d’engager une véritable politique d’accès à la citoyenneté pour les jeunes en situation défavorisée. L’emploi est la clé de l’intégration. Des centaines de milliers d’emplois vont être libérés dans les prochaines années par le départ à la retraite des générations nombreuses d’après-guerre. C’est l’occasion, comme je l’avais proposé en vain, en 1999, de généraliser les préparations rémunérées aux concours de la Fonction Publique : on mettra le pied à l’étrier à tous ceux qui en ont la capacité : au-delà, les « contrats aidés » devraient conduire les entreprises, et d’abord les plus grandes, à recruter dans les cités et à mettre en place des plans prévisionnels d’embauche, afin de débonder l’abcès du ressentiment enfoui dans nos banlieues. Il faudra enfin donner à tous un sentiment commun d’appartenance. Mais cela, c’est le problème de la France au XXIe siècle …
Par Denis Sieffert (Politis)
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Mercredi 28 février 2007
Communiqué de presse OUEST FRANCE

Power 8 va donc être appliqué, un accord ayant été trouvé entre actionnaires mais aussi entre la France et l'Allemagne. Ce plan de restructuration propose "d'externaliser" 5 usines du groupe. Deux en France Saint-Nazaire et Méaulte et deux en Allemagne. En d'autres termes, Saint-Nazaire va être vendue.

Le but du jeu pour Airbus est donc de vendre ces usines pour qu'elles continent à produire pour le groupe mais en concurrence avec des pays à bas coût comme la Chine ou l'Inde. En plus de ces mesures, Airbus va supprimer petit à petit 3500 emplois en Allemagne et 4 200 en France. But du jeu pour les dirigeants, réaliser 2,1 mlliards de bénéfice d'exploitation par an. C'est ce mercredi que Louis Gallois et la direction d'Airbus doit annoncer officiellement le plan de restructuration de la société.

Ce que la presse européiste ne dit pas dans cette affaire:

Airbus est une illustration de plus de la désindustrialisation de la France depuis Maastricht.

En cause:

- l'absence de politique industrielle européenne et plus grave de politique industrielle française: on voit ainsi que la France est plus touchée que l'Allemagne alors que l'état français est  le premier actionnaire et a le plus investit dans le développement d'Airbus. D'un côté une Allemagne  qui protège ses emplois
avec l'aide de ses  landers (participations dans les groupes industriels). Et en face, la France qui laisse son industrie sans défense.
- la politique européenne de l'euro chèr qui assure toujours plus de profit aux rentiers de la Finance et  surenchérit les coûts de production  dans la zone euro.
- l'incurie des dirigeants qui ont cherché à gagner des marchés à tout prix sans se préoccuper des questions de planning et de rentabilité, et qui n'ont pas su anticiper l'aggravation  de l'écart euro-dollar


Par LB
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Samedi 3 mars 2007
égolène Royal s'est dessiné un rôle de premier plan dans le dossier Airbus : chef de la "riposte". Prenant la tête de la contestation dans ce dossier très sensible qui installe la bataille de l'emploi dans la campagne présidentielle, la candidate socialiste en profite pour exposer ses propositions : intervention d'un "Etat fort" opposé au "modèle libéral", rénovation d'un dialogue social "archaïque", introduction des salariés dans les conseils d'administration.

Mme Royal a été la première à rencontrer l'intersyndicale du constructeur aéronautique, qui a fait le déplacement depuis Toulouse pour s'entretenir avec elle, vendredi 2 mars, à l'issue de son meeting, salle de la Pelote, à Pau. Nicolas Sarkozy (UMP) et François Bayrou (UDF) rencontreront à leur tour, lundi 5 mars, les représentants des salariés. M. Sarkozy devrait faire part de ses propositions lundi soir sur France 3.

A cinq reprises au moins, dans la conversation qu'elle a engagée avec l'intersyndicale, Mme Royal a développé cette idée : "organiser la riposte" pour s'opposer aux 10 000 suppressions d'emplois annoncées dans le groupe, dont 4 300 en France. "Il faut déboucher sur quelque chose", a-t-elle insisté. Après une heure et demie d'entretien avec onze représentants des organisations syndicales FO, CFDT, CGT, CFTC, CGC et d'un "sous-traitant majeur", la mission est accomplie. Mme Royal a persuadé ses interlocuteurs de créer, en partenariat avec huit régions dirigées par la gauche - dont la sienne, Poitou-Charentes -, un "groupe stratégique" baptisé "Sauvons l'aéronautique" pour étudier les "solutions alternatives" au plan de restructuration qui frappe l'entreprise.

L'initiative n'est pas sans rappeler le collectif Sauvons la recherche, créé par des chercheurs pour protester contre la diminution de leurs crédits décidée par l'actuel gouvernement.

Mardi 6 mars, alors qu'une importante manifestation se prépare à Toulouse, la candidate socialiste sera à Berlin, premier partenaire avec la France du groupe aéronautique européen, pour rencontrer la chancelière Angela Merkel. Prévue depuis plusieurs semaines, cette rencontre tombe à pic. "Je vais porter le témoignage de ce que nous venons de décider avec les syndicats, a-t-elle annoncé. La France et l'Allemagne doivent se battre ensemble et ne pas entrer en compétition l'une contre l'autre."

Peu avant sa rencontre avec les syndicats, Mme Royal avait estimé que la présidence bicéphale du groupe était une "source d'inefficacité".Autour de la table, vendredi soir, les syndicats n'ont pas seulement dénoncé les problèmes de concurrence dans le couple franco-allemand, mais aussi la question du change par rapport au dollar "sous-évalué" et mis en avant la carence du gouvernement français dans ce dossier.

"Il n'y a pas de fatalité", leur a répondu Mme Royal, qui a fustigé les "annonces traumatisantes et incompréhensibles" alors que les carnets de commande d'Airbus "sont pleins pour les cinq ans à venir" et proposé d'étudier toutes les pistes pour "organiser le travail, augmenter la productivité, et renforcer la formation du personnel".

"C'est comme pallier l'absence d'un ministère de l'industrie...", a ironisé Henri Emmanuelli, présent à la réunion, aux côtés des présidents PS de Midi-Pyrénées et d'Aquitaine, Martin Malvy et Alain Rousset. "C'est un peu ça", a souri Mme Royal.

A plusieurs reprises, la candidate a insisté sur la nécessité d'instaurer "un rapport de force politique". Et compte bien, dans cet esprit, se servir des régions comme d'un levier pour mieux souligner "l'inertie du gouvernement".

Huit d'entre elles (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Ile-de-France, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Picardie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Centre) étant concernées par une activité d'EADS ou d'un de ses sous-traitants, Mme Royal, et avec elle tout le PS mobilisé, suggèrent de les faire entrer dans le capital du groupe, à la manière des Länder allemands.

"CONTRE-POUVOIR"

Selon M. Rousset, les régions françaises pourraient apporter 150 à 200 millions d'euros "sur plusieurs années". La nécessité d'un décret du Conseil d'Etat pour entrer dans le capital du groupe est balayé. "Pour la première fois, les régions ont décidé de servir de contre-pouvoir" afin de "limiter les dégâts", a fait valoir Mme Royal à l'issue de sa rencontre avec les syndicats.

Pas question pour autant de se substituer au groupe Lagardère, qui pourrait se désengager. "Les actionnaires privés sont suffisamment proches du pouvoir pour que le gouvernement actuel ait quand même les moyens, surtout en cette période sensible, de leur demander de rester stables dans le capital et respecter un peu les territoires", a affirmé la candidate.

Favorable à une recapitalisation par les Etats du groupe européen, Mme Royal précise qu'il s'agit d'un "plus", et non d'une possibilité de substitution. A la sortie, les syndicalistes se disaient tous "satisfaits". "Airbus n'est pas malade, il (n')a (que) la grippe", soulignait Bernard Gaillanou, délégué CFDT.

Par Le Monde
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Jeudi 31 janvier 2008
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En 2002, Bayrou avait eu très chaud finalement...






    Les messages de soutien affluent au rectorat de Lille et dans les syndicats d'enseignants, le collège Chasse-Royale à Valenciennes débraye une heure demain matin en signe de solidarité : la mise en examen pour «violence aggravée sur mineur»
d'un professeur de technologie à Berlaimont, pour une gifle infligée à un élève, indigne le milieu éducatif. Lundi dernier, l'élève en question avait traité son professeur de "connard".

    Le père de l'enfant, un gendarme, a porté plainte le jour même des faits. Des policiers sont alors venus chercher le prof à son domicile.«La réaction policière et judiciaire est ahurissante», estime Michel Devred,délégué régional Nord du Snes-FSU, principal syndicat enseignant. «L'élève n'aurait pas dû insulter le professeur, et le professeur n'aurait pas dû lui donner une gifle, nous sommes bien d'accord. Mais placer ce collègue en garde à vue, pratiquer des tests génétiques sur lui, tout cela nous paraît disproportionné.» Il n'est pas plus satisfait de la réaction du rectorat, qui, dans un premier temps avait annoncé que le professeur aurait interdiction de se présenter devant ses élèves. Depuis, l'enseignant de 49 ans est en congé maladie pour un mois, ce qui a dispensé le rectorat de prendre cette disposition.

    «Le collègue ne va pas bien», confie Michel Devred, «Le ciel lui est tombé sur la tête. C'est un enseignant avec une belle carrière, bien noté administrativement et pédagogiquement.» Le rectorat botte en touche : «Nous ne pouvons pas vous donner ses notations, nous n'avons pas encore sorti son dossier. Nous savons cependant que c'est un professeur très exigeant envers ses élèves.» Il confirme qu'il y aura sanction administrative, mais qu'elle est «encore à préciser». L'élève sera lui aussi sans doute puni : conseil de discipline ? «On n'ira sans doute pas jusque là», signale-t-on au rectorat, en insistant que la décision appartient à l'établissement, le collège Gilles-de-Chin. Peut-être un avertissement.

    Le rectorat reconnaît que cette affaire se passe dans un contexte particulier, avec une recrudescence des violences scolaires. Ce dont témoigne un professeur nordiste : «Je ne connais pas ce prof, ce que je sais, c'est que bosser dans ces établissements, cela veut dire être infaillible. Quand tu es fragile face aux élèves, tu dégustes. Alors, oui, un jour tu peux craquer, tu as la main qui peut partir.» Michel Devred confirme : «Quand le collègue dérape, on oublie tout son passé et on le présente comme un danger pour l'école. Il faudrait aussi se demander ce que pensent aujourd'hui l'élève concerné et ses camarades : on traite de connard un prof, le prof se retrouve en taule ?» Même réaction du côté de l'Unsa education :«Elle est peut-être pédagogique, cette gifle ?», se demande même Joëlle Thiery, de l'Union régionale. On le saura le 27 mars : jugement de l'affaire au tribunal de grande instance d'Avesnes-sur-Helpe.

Par Site des Chevenementistes
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Mardi 29 avril 2008
LE MONDE | 29.04.08 | 15h13  •  Mis à jour le 29.04.08 | 15h15

i le recul du chômage tend à se confirmer, l'emploi est de moins en moins protecteur contre la pauvreté. Tel est l'un des principaux constats mis en évidence par le cinquième rapport de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, qui devait être remis, mardi 29 avril, au Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, et à la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin.

Ce rapport confirme que le processus de réduction de la pauvreté globalement observé sur les deux dernières décennies marque une pause : en 2005, dernière année connue, 3,7 millions de personnes (6,3 % de la population totale) vivaient en dessous du seuil de pauvreté (681 euros par mois pour une personne seule), soit un nombre identique à celui de 2003. Et l'intensité de la pauvreté tend à s'aggraver. L'écart entre le niveau de vie médian des ménages pauvres et le seuil de pauvreté ne cessant de s'accroître depuis 2002 (16,3 % en 2002 à 18,2 % 2005), de plus en plus de personnes s'éloignent de ce seuil et "s'enfoncent" dans la précarité.

TEMPS PARTIEL

Même l'emploi protège de moins en moins contre la pauvreté. En 2003 et 2005, le phénomène des working poor (travailleurs pauvres) s'est ainsi accentué : il y a trois ans, 1,74 million de personnes, soit 7 % des travailleurs, occupaient un emploi mais étaient malgré tout dans un ménage ayant un revenu inférieur au seuil de pauvreté ; deux ans plus tôt, ils étaient 1,47 million.

La pauvreté touche d'abord des travailleurs qui connaissant de longues périodes de chômage, mais aussi ceux qui sont employés toute l'année à temps partiel (21 % des travailleurs pauvres) et les non-salariés (27 % sont indépendants).

Les difficultés des travailleurs pauvres sont aussi souvent liées à leur situation familiale. Un tiers d'entre eux a un conjoint chômeur ou inactif (contre 23 % de l'ensemble des travailleurs) et un autre tiers est sans conjoint (contre un quart de l'ensemble des travailleurs). Plus de 40 % des travailleurs pauvres ont ainsi un revenu supérieur à un smic annuel mais qui, rapporté à la composition de leur ménage et en l'absence d'autres ressources, ne permet pas de dépasser le seuil de pauvreté.

Par Site des Chevenementistes
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Mercredi 30 avril 2008
(NDLR: un article qui répond à la question de Bruno: comment est il possible d'engager un sans papier compte tenu des demandes nombreuses de l'administration pour toute embauche...)

LEMONDE.FR | 30.04.08 | 19h15  •  Mis à jour le 30.04.08 | 20h50

hristian Gabet, secrétaire de l'Union locale CGT du 13e arrondissement de Paris, soutient 28 salariés sans papiers en grève qui occupent un chantier dans l'arrondissement afin d'obtenir leur régularisation.

Comment le mouvement a été lancé ?

Ces actions sont parties de ce qui s'est passé dans l'Essonne avec Modelux et Buffalo Grill puis avec le restaurant de la Grande Armée à Paris [sept cuisiniers en situation irrégulière ont été régularisés après une grève en février]. Des salariés sans papiers sont venus nous voir et nous ont demandé de les aider : on a préparé cette action avec eux, en secret. Quand tout a été prêt, la grève a été lancée, le 15 avril, à 8 heures. A cette date, il y avait douze sites avec vingt entreprises concernées. Mercredi 30 avril, il y a quatorze sites avec une trentaine d'entreprises et six cents salariés en grève.

Comment parvient-on à se faire embaucher quand on est sans papiers ?

Il y a deux façons : soit on présente de faux papiers, soit on emprunte l'identité d'une autre personne. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Une grande partie des employeurs savent que leurs salariés sont sans papiers. Surtout qu'avec les dernières lois, ils ont obligation de contrôler. Il y a aussi l'Urssaf et les impôts auxquels les salariés cotisent.

En fait, les entreprises en profitent : quand vous avez la moitié de votre masse salariale qui est plus ou moins déclarée et que vous les payez de la façon la plus basse possible, vous gagnez des parts de marché. D'ailleurs, quand le mouvement a commencé, certains employeurs ont parlé de concurrence déloyale.

Que pensez-vous de la réponse apportée par le gouvernement ?

Le gouvernement continue de ne pas vouloir faire de régularisations massive mais il devra y venir. C'est une réalité : il faudra légiférer pour donner les moyens à ces salariés de travailler légalement.

La grande majorité des gens qui sont là ont un contrat de travail, un salaire, certains cotisent à la Sécurité sociale, paient des impôts. Mais quand un salarié sans papiers se blesse, la plupart du temps, son employeur arrête son contrat de travail... qui ne reprend qu'au retour du salarié. Par conséquent, les salariés sans papiers ne tombent pas malades parce qu'ils ont peur de perdre leur travail. Ils n'arrivent pas non plus en retard, sinon ils sont licenciés.

Par Site des Chevenementistes
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Lundi 1 septembre 2008
Thierry Jeantet, directeur d’Euresa (groupement d’intérêt économique européen d’assurances d’économie sociale) et président des Rencontres du Mont-Blanc (forum international de dirigeants de l’économie sociale), Sylvie Mayer, responsable commerce équitable et économie sociale et solidaire au PCF et ancienne députée européenne, et Jean-Philippe Milesy, délégué de Rencontres sociales.

Comment définir l’économie sociale ?

Thierry Jeantet. L’économie sociale repose sur des principes, et d’abord sur le fait que des femmes et des hommes décident de se regrouper librement autour d’un projet.

Elle a pour principe clé la propriété collective choisie. Les fonds propres sont indivisibles et transmissibles d’une génération à l’autre. Les excédents sont répartis dans l’intérêt de l’objet de la personne morale et de l’ensemble de ses participants. Une partie d’entre eux doit être mise en réserve impartageable. Les organisations de l’économie sociale fonctionnent selon des principes démocratiques : une personne a une voix, quelle que soit la part de capital apporté. Bien entendu, il y a aussi l’attachement à la solidarité entre les membres et au-delà - les fondateurs parlaient de « république coopérative ». Et il y a tout ce qui accompagne l’économie sociale concernant l’épanouissement de la personne humaine, le respect des environnements de la cité et de l’environnement au sens le plus actuel du terme.

Sylvie Mayer. Il est important d’insister sur le fait que le système coopératif, l’économie sociale, se retrouve dans l’ensemble du monde sous des formes qui ne sont pas forcément les mêmes mais avec les mêmes principes, qu’il s’agisse de l’Argentine, du Brésil, du Japon ou de l’Europe.

Jean-Philippe Milesy. Au prochain Forum social mondial, à Bélem, beaucoup d’ateliers auront pour thème l’économie sociale. Les nouvelles démocraties d’Amérique du Sud ainsi que de nombreux mouvements progressistes des pays en développement s’y intéressent de plus en plus, notamment sous la forme coopérative pour développer des services publics ou des services d’intérêt général sur les questions de l’environnement, de l’eau, de l’énergie, de l’habitat, de l’agriculture, etc. Je voudrais revenir aussi sur l’idée de « république coopérative », défendue par Charles Gide au début du XXe siècle. Dans la période moderne, l’économie sociale trouve l’essentiel de ses racines dans le mouvement social, le mouvement ouvrier. Mais paradoxalement c’est en France qu’elle a eu des difficultés à voir perdurer ces liens historiques originels. Les premières initiatives d’économie sociale - sociétés de secours mutuel, associations ouvrières de production, associations d’éducation populaire… - se créent en réaction à l’ordre libéral tel qu’il sort triomphant au début du XIXe siècle de la Révolution française, de l’héritage thermidorien et bonapartiste. Il y a donc une conjonction profonde entre les militants ouvriers et les militants de l’économie sociale, avec une influence réelle des socialistes utopiques : Saint-Simon, Fourier, Proudhon… Quand sont créées les bourses du travail, il est précisé que ce sont des lieux de soutien aux associations ouvrières de production, au mouvement mutualiste, des lieux d’éducation populaire. L’économie sociale a donc bien un caractère culturel et politique.

Thierry Jeantet. Et elle vient en permanence de la société civile. Au Japon, par exemple, une partie de la nouvelle économie sociale vient des femmes qui en ont eu assez d’être marginalisées, de ne pas trouver de travail, et qui ont décidé de créer leurs propres activités.

Peut-on évaluer le poids de cette économie ?

Thierry Jeantet. En France comme en Europe de l’Ouest, elle représente de 10 % à 12 % du produit national brut. Dans le monde, plusieurs milliards de personnes sont concernées. Plus de 900 millions travaillent dans les seules coopératives. Cette économie tient une place déterminante dans certains pays. Elle compte beaucoup de petites structures, mais pas seulement. Par exemple, en Inde une coopérative a été créée par des femmes qui voulaient être assurées de trouver du lait de manière régulière pour leurs enfants. Elles se sont adressées à de très petits producteurs locaux qu’elles ont aidés à se fédérer. Aujourd’hui, AMUL - c’est le nom de cette coopérative -, c’est 2 millions de litres de lait traités par jour, et une des principales entreprises du pays.

Sylvie Mayer. Et ce mouvement a fait la preuve de son efficacité : 10 % à 12 % des richesses produites le sont par seulement 8 % à 10 % des actifs. Quant aux possibilités de développement, elles sont très importantes. Au Japon, à travers des coopératives qui ressemblent un peu aux AMAP que nous connaissons ici, 16 millions de Japonais, ou plutôt de Japonaises, achètent leurs produits alimentaires directement à des paysans. En France, on en est aujourd’hui à moins de 200 000, et la marge de progression est donc grande. Il faut aussi souligner qu’en France, 60 % des dépôts bancaires sont dans les banques dites « de l’économie sociale », mutualistes ou coopératives, et que un Français sur deux est sociétaire de mutuelle d’assurances ou de santé.

Une question s’impose alors : pourquoi, avec un tel poids, l’économie sociale n’est-elle pas plus visible ?

Thierry Jeantet. Tout d’abord l’économie sociale, fruit d’initiatives locales, est par essence dispersée - ce qui n’est pas forcément négatif. Ensuite, dans de très nombreux pays où l’industrie s’est fortement développée et où le capitalisme a pris le pas, elle a choisi comme stratégie : « Pour vivre heureux, vivons caché ». Et malgré son silence, elle a enregistré d’énormes réussites comme les mutuelles de santé ou d’assurances. La MACIF, par exemple, qui compte 4 600 000 sociétaires, a commencé à faire de la publicité il y a trois ou quatre ans à peine. Mais l’économie sociale a souffert, en Europe et en France, de ruptures avec ceux, dans le monde syndical et politique, dont elle partageait le berceau et qui, à un moment, l’ont jugée trop réformiste.

Sylvie Mayer. Notamment les militants les plus radicaux, les plus révolutionnaires…

Thierry Jeantet. En effet, le Parti communiste a été plus dur alors que le Parti socialiste et le Parti radical ont gardé une certaine proximité, mais finalement, on le voit jusqu’à aujourd’hui, les partis politiques de gauche ont oublié l’économie sociale. Ses acteurs sont aussi pour beaucoup responsables de cet état de fait car, chemin faisant, ils ont longtemps abandonné leur projet global de transformation. Ils ont oublié la notion de république coopérative. Je pense que l’économie sociale ne reprendra sa lisibilité et sa force qu’à partir du moment ou sera réaffirmée son ambition d’origine.

Jean-Philippe Milesy. J’ai évoqué les socialistes utopiques, très présents dans l’histoire de l’économie sociale, mais à la même période Bakounine et Marx lui portent un regard plutôt négatif. Ceux-ci n’hésitent pas, dans des textes polémiques, à en tirer des condamnations. Ultérieurement mais de façon mécaniste, des militants vont perpétuer cette défiance à l’égard d’une économie sociale qui leur paraît un détournement du combat principal pour la conquête du pouvoir. Ainsi les grands courants ouvriers de la fin du XIXe siècle, anarchistes ou communistes, vont tenir à l’écart l’économie sociale. Dans l’histoire de la CGTU ou du Parti communiste, elle n’apparaît que de façon marginale avec les « mutuelles rouges » de Georges Marrane, en 1925, ou les mutuelles de la métallurgie des Bouches-du-Rhône à la fin des années 1930, avec une résurgence dans les années 1960 autour de Louis Calisti.

Au cours des dernières années, l’économie sociale a subi une énorme pression idéologique libérale qui s’est traduite par la remise en question de conquêtes législatives ou réglementaires. Un rapport du MEDEF de juillet 2002 dénie à l’économie sociale comme aussi aux collectivités locales toute légitimité dans l’intervention économique. Et nous sommes nous-mêmes si bien façonnés par cette société de marché que, lorsqu’une entreprise pourrait dans de bonnes conditions être reprise sous forme de coopérative, il est très difficile de convaincre les salariés eux-mêmes de l’intérêt et de l’opportunité qu’ils auraient à s’y impliquer. L’économie sociale est tellement en rupture avec la doxa libérale qu’en parler est un combat, et ce combat n’est pas mené par les partis de gauche.

Sylvie Mayer. Effectivement, l’attitude des partis politiques et des syndicats révolutionnaires a été pour beaucoup dans le repliement de l’économie sociale. On aurait besoin aujourd’hui de formaliser davantage l’idée d’appartenance à l’économie sociale. Les gens pensent qu’ils n’en font pas partie. Pourtant, quand on leur dit : vous êtes mutualiste, vous êtes dans telle banque, telle assurance…, ils découvrent qu’ils font de l’économie sociale sans le savoir. On aurait besoin aussi de réaffirmer le principe de l’économie sociale. Face aux échecs du capitalisme - crise des subprimes, problèmes de gestion bancaire, fermetures d’entreprise, délocalisations… -, on est à la recherche d’une alternative. Une grande fenêtre est ouverte pour la réflexion. On ne veut pas du tout-marché, du tout-capitalisme, mais on ne veut pas non plus du tout-État - dont on a vu la faillite. Il y a donc une place pour ce que je me refuse à appeler un tiers secteur et qui est l’économie sociale. Cela peut vraiment être une nouvelle façon de faire de l’économie. Et qui ne soit pas marginale. Car si 10 % des richesses sont produites dans l’économie sociale, cela veut dire qu’il faut s’attaquer aux 90 % restants, qu’il faut réfléchir aux moyens d’appliquer là aussi les valeurs, les critères et les principes de l’économie sociale.

Mais avec les orientations actuelles de l’Union européenne qui prône la concurrence « libre », les coopératives et les mutuelles sont sommées par les directives européennes de rentrer dans le rang. Ne sont-elles pas alors devant un choix : rentrer plus ou moins dans le rang, ou devenir une véritable force de transformation ?

Thierry Jeantet. Le capitalisme croit être le système unique alors qu’on est entré dans un monde pluriel. D’autres systèmes se développent sur le globe, ne serait-ce qu’en Chine - même si on peut avoir une vision critique de ce qui s’y fait. Des choses nouvelles sont en train de se passer en Afrique, au Venezuela, au Brésil, etc. Il y a des fractures dans le capitalisme, c’est le moment pour l’économie sociale de s’affirmer, de réaffirmer ses ambitions. Par exemple, elle reconnaît le marché mais refuse de s’y cantonner. Elle a un pied dedans, encore veut-elle qu’il soit régulé, mais elle a aussi un pied dans le non-marchand et beaucoup d’initiatives d’économie sociale n’appartiennent pas du tout au monde marchand, même s’il peut y avoir des transferts de l’un à l’autre comme dans les services à la personne. En tout cas, elle refuse cette dichotomie entre marchand et non-marchand que Bruxelles veut lui imposer. L’économie sociale marche sur les deux pieds. De la même façon, elle est dans le système monétaire, mais elle organise beaucoup d’échanges non monétaires et elle a une conception beaucoup plus large des échanges, ce qui la met en rupture avec le système capitaliste. Et il faut qu’elle réaffirme aussi très fortement son système de propriété collective, sous peine de se faire imposer des législations ou des normes internationales ou européennes qui ne lui conviendront pas. Enfin, il faut que l’économie sociale se donne des outils techniques, en particulier financiers. En utilisant ceux du capitalisme, l’économie sociale a souvent été détournée de son objet ou de sa nature. En France, dans les années 1980, elle avait commencé à se forger ses propres outils en créant le « titre participatif » et l’Institut de développement de l’économie sociale, mais elle s’est arrêtée là, laissant des mutuelles ou des coopératives utiliser des systèmes de sociétés anonymes, des banques coopératives créer des outils boursiers, etc. L’économie sociale est responsable de son futur. Il faut qu’elle se réinvente des outils et qu’elle les impose.

Sylvie Mayer. Je suis d’accord, mais il est vraiment nécessaire de revenir aux principes. Regardons ce qui se passe en ce moment dans les banques coopératives. Le Crédit agricole comme les Banques populaires et les Caisses d’Épargne ont créé des filiales non coopératives. Elles viennent d’y recapitaliser près de 10 milliards d’euros sans en informer leurs sociétaires, en bafouant la démocratie. Cet argent est parti en fumée dans les subprimes, aux États-Unis, alors qu’il aurait pu être utilisé dans le développement des territoires, pour l’emploi, pour l’habitat… Et, dérision des dérisions, le directeur général du Crédit agricole va devenir président de l’Association française des banques, succédant à l’ancien PDG de la Société générale ! C’est une dérive phénoménale…

Jean-Philippe Milésy. Ce n’est pas au nom de la « concurrence libre et non faussée » que l’on cherche à démanteler l’économie sociale dans l’Europe libérale, même si c’est l’argument qui est mis en avant. Car ce n’est qu’à la marge que l’économie sociale bénéficie d’avantages fiscaux et législatifs. Pour l’essentiel elle est dans le marché et n’a de rémunération que son travail. Les subventions associatives correspondent généralement à des services rendus. S’il existe une concurrence faussée, c’est bel et bien celle qu’imposent les grandes sociétés capitalistes, en particulier celles du CAC 40 qui bénéficient d’aides considérables : subventions, exonérations de charges, financement dans les zones franches, etc. Les entreprises capitalistes refusent l’économie sociale parce qu’elles refusent un autre modèle et le pluralisme des voies économiques. Or l’économie sociale, malgré les défauts qui viennent d’être rappelés, offre des démarches radicalement opposées à la doxa libérale et qui pourraient, dans le cadre d’une meilleure dynamique, représenter une proposition.

Thierry Jeantet. Il y a un problème de construction de l’économie sociale du futur. Par exemple, en Europe mais aussi dans les autres pays développés et dans les pays en voie de développement, des banques coopératives existent. Or, alors qu’elles représentent une certaine puissance, un certain potentiel international, il est frappant de voir qu’elles n’ont aucun lien entre elles. C’est un problème qui ne concerne pas que les banques. L’économie sociale ne progressera que si elle fait du « trans-économie sociale » sur plusieurs fronts. C’est ce qui nous a amenés à créer les Rencontres du Mont-Blanc - un peu comme un anti-Davos - pour que les dirigeants de l’économie sociale de tous les pays apprennent à se connaître. Et nous avons deux objectifs. Le premier : travailler à la visibilité de l’économie sociale. Le second : faire du trans-économie sociale, du trans-frontières, du trans-familles…, autour d’objectifs communs. Plusieurs projets sont ainsi en discussion, tel celui d’une monnaie solidaire ou celui d’une chaire internationale de recherche et de formation aux logiciels libres. Un Observatoire international des réalisations concrètes de l’économie sociale est déjà en état de fonctionnement, et les rencontres de novembre 2007 ont donné naissance à 20 projets internationaux autour de l’énergie.

Sylvie Mayer. Je rejoins l’idée que le développement de l’économie sociale passe par le développement de réseaux, par la réflexion et par la construction de règles communes, et qu’il faut faire du concret. De ce point de vue le commerce équitable apporte beaucoup d’exemples très vivants, qui fonctionnent bien.

Aujourd’hui, la délégation de pouvoir risque de tuer les principes de l’économie sociale : il faut donc faire vivre la citoyenneté économique. Dans le cas du Crédit agricole, on pourrait imaginer une campagne d’opinion publique expliquant à ses sociétaires qu’ils peuvent prendre la parole, qu’ils sont propriétaires de cette banque et qu’ils ont à dire ce qu’ils pensent des choix que font ses dirigeants. Il ne faut pas culpabiliser mais donner aux gens les outils pour intervenir. Et cela peut marcher. On a des exemples aux États-Unis et au Canada, où certaines malversations d’entreprises capitalistes ont été arrêtées.

Les syndicats, mais peut-être plus encore les partis politiques, ont un rôle à jouer pour affirmer cette citoyenneté économique. Les élus aussi. Qu’un élu, un maire, participe à l’assemblée générale de la coopérative bancaire qui est dans sa commune, quexpose publiquement les besoins de la ville en logements, en développement de l’emploi, cela ne manquera pas d’avoir un écho. Il peut aussi encourager ses concitoyens, par exemple dans le bulletin municipal, à être à chaque fois qu’ils le peuvent des sociétaires actifs. On pourrait multiplier les exemples. Des possibilités intéressantes existent avec les Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) pour promouvoir des initiatives locales qui ne pourront être remplacées par un service national. Mais les politiques ont aussi un rôle à jouer au niveau législatif. Dans ce cadre, les communistes avancent l’idée d’une loi qui permette aux salariés un droit de préemption sur leur entreprise qui va être cédée. Dans les huit à dix ans qui viennent, 700 000 entreprises vont perdre leur chef d’entreprise du fait du papy-boum : cela représente trois millions de salariés. Ils pourraient avoir le droit de transformer leur entreprise en SCOP. Évidemment, il faudrait accompagner cette possibilité d’un réseau de financement et de soutien financier, parce qu’il y aurait des parts sociales à acquérir. Il faudrait aussi organiser des formations répondant aux nouveaux besoins des salariés. L’économie sociale peut devenir une véritable alternative économique en s’appuyant sur le développement de la démocratie, sur la combinaison de la démocratie représentative, de la démocratie économique et d’une démocratie civile ou sociétale qui donne des contre-pouvoirs aux citoyens.

Thierry Jeantet est l’auteur de l’Économie sociale, une alternative au capitalisme. Éditions Economica, 79 pages, 14 euros.

Sylvie Mayer est coauteure du Guide de l’économie équitable. Éditions Fondation Gabriel-Péri, 359 pages, 18 euros.

Par Site des Chevenementistes
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Mardi 2 septembre 2008
L’expert en sciences sociales Paul Jorion avait prédit l’imminence de la crise :
Recueilli par Laureen ORTIZ (À LOS ANGELES)
QUOTIDIEN  LIBERATION: mardi 26 août 2008

Pour Paul Jorion, spécialiste de l’anthropologie sociale et de la finance (1), la crise des subprimes est en train de faire basculer l’Amérique dans une nouvelle ère idéologique, un nouveau «New Deal».

Comment qualifiez-vous la réaction des autorités américaines face à la crise ?

On assiste à un retour en force de la puissance publique. L’Etat a déjà subventionné des banques en difficulté (Bear Stearns notamment). La Securities & Exchange Commission (SEC) protège la banque Lehman Brothers contre tout risque de déstabilisation. Elle a ainsi interdit aux investisseurs de parier sur la baisse de son cours et de répandre des rumeurs à son sujet. Et on peut parier qu’il va se passer quelque chose de similaire avec Fannie Mae et Freddie Mac, les deux agences qui contrôlent le marché des prêts immobiliers. Pour éviter qu’elles ne fassent faillite, le gouvernement envisage de créer des «actions privilégiées» («preferred shares») qu’il détiendra. De fait, il en deviendra l’actionnaire majoritaire et seule subsistera l’illusion qu’elles appartiennent au secteur privé.

Pourquoi l’Etat revient-il en force ?

Le secteur privé a fait la preuve de son inefficacité pour redresser la situation, contrairement à ce que pensait à l’origine Henry Paulson, le secrétaire d’Etat au Trésor. Partant de l’immobilier, la crise a eu le temps de se propager à de nombreux secteurs, comme une métastase. La Bourse a chuté, les investisseurs sont allés spéculer sur les matières premières, contribuant à la flambée des prix de l’alimentaire et du pétrole. La consommation des ménages a baissé, la croissance a ralenti et la crise s’installe.

Ce renouveau de l’Etat est-il durable ?

Je pense que les Etats-Unis vont reproduire ce qu’ils ont fait avec le «New Deal» [le plan de Roosevelt lancé en 1933 pour sortir de la Grande dépression, ndlr]. Exemple, avec la marge de manœuvre accordée aux banques. Pour l’instant, on les laisse agir de manière volontaire vis-à-vis de leurs clients insolvables. On leur propose d’apurer les prêts au niveau de la valeur actuelle de la maison hypothéquée. Mais les prix de l’immobilier sont toujours en chute libre. D’ici à quelques mois, il faudra passer à une solution plus drastique.

On ne s’en rend peut-être pas compte en France, mais avec la crise, on est passé outre-Atlantique d’un régime ultra-libéral, façon Alain Madelin, à ce qui pourrait être du Jean-Pierre Chevènement, soit une gauche étatiste.

Et les prochaines élections ne devraient pas remettre en cause cette évolution.

(1) Auteur de l’Implosion. La Finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la crise des subprimes, Fayard, 2008

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