égolène Royal s'est dessiné un rôle de premier plan dans le dossier Airbus : chef de la "riposte". Prenant la tête de la contestation dans ce dossier très sensible qui installe la bataille de l'emploi dans la campagne présidentielle, la candidate socialiste en profite pour exposer ses propositions : intervention d'un "Etat fort" opposé au "modèle libéral", rénovation d'un dialogue social "archaïque", introduction des salariés dans les conseils d'administration.
Mme Royal a été la première à rencontrer l'intersyndicale du constructeur aéronautique, qui a fait le déplacement depuis Toulouse pour s'entretenir avec elle, vendredi 2 mars, à l'issue de son meeting, salle de la Pelote, à Pau. Nicolas Sarkozy (UMP) et François Bayrou (UDF) rencontreront à leur tour, lundi 5 mars, les représentants des salariés. M. Sarkozy devrait faire part de ses propositions lundi soir sur France 3.
A cinq reprises au moins, dans la conversation qu'elle a engagée avec l'intersyndicale, Mme Royal a développé cette idée : "organiser la riposte" pour s'opposer aux 10 000 suppressions d'emplois annoncées dans le groupe, dont 4 300 en France. "Il faut déboucher sur quelque chose", a-t-elle insisté. Après une heure et demie d'entretien avec onze représentants des organisations syndicales FO, CFDT, CGT, CFTC, CGC et d'un "sous-traitant majeur", la mission est accomplie. Mme Royal a persuadé ses interlocuteurs de créer, en partenariat avec huit régions dirigées par la gauche - dont la sienne, Poitou-Charentes -, un "groupe stratégique" baptisé "Sauvons l'aéronautique" pour étudier les "solutions alternatives" au plan de restructuration qui frappe l'entreprise.
L'initiative n'est pas sans rappeler le collectif Sauvons la recherche, créé par des chercheurs pour protester contre la diminution de leurs crédits décidée par l'actuel gouvernement.
Mardi 6 mars, alors qu'une importante manifestation se prépare à Toulouse, la candidate socialiste sera à Berlin, premier partenaire avec la France du groupe aéronautique européen, pour rencontrer la chancelière Angela Merkel. Prévue depuis plusieurs semaines, cette rencontre tombe à pic. "Je vais porter le témoignage de ce que nous venons de décider avec les syndicats, a-t-elle annoncé. La France et l'Allemagne doivent se battre ensemble et ne pas entrer en compétition l'une contre l'autre."
Peu avant sa rencontre avec les syndicats, Mme Royal avait estimé que la présidence bicéphale du groupe était une "source d'inefficacité".Autour de la table, vendredi soir, les syndicats n'ont pas seulement dénoncé les problèmes de concurrence dans le couple franco-allemand, mais aussi la question du change par rapport au dollar "sous-évalué" et mis en avant la carence du gouvernement français dans ce dossier.
"Il n'y a pas de fatalité", leur a répondu Mme Royal, qui a fustigé les "annonces traumatisantes et incompréhensibles" alors que les carnets de commande d'Airbus "sont pleins pour les cinq ans à venir" et proposé d'étudier toutes les pistes pour "organiser le travail, augmenter la productivité, et renforcer la formation du personnel".
"C'est comme pallier l'absence d'un ministère de l'industrie...", a ironisé Henri Emmanuelli, présent à la réunion, aux côtés des présidents PS de Midi-Pyrénées et d'Aquitaine, Martin Malvy et Alain Rousset. "C'est un peu ça", a souri Mme Royal.
A plusieurs reprises, la candidate a insisté sur la nécessité d'instaurer "un rapport de force politique". Et compte bien, dans cet esprit, se servir des régions comme d'un levier pour mieux souligner "l'inertie du gouvernement".
Huit d'entre elles (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Ile-de-France, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Picardie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Centre) étant concernées par une activité d'EADS ou d'un de ses sous-traitants, Mme Royal, et avec elle tout le PS mobilisé, suggèrent de les faire entrer dans le capital du groupe, à la manière des Länder allemands.
"CONTRE-POUVOIR"
Selon M. Rousset, les régions françaises pourraient apporter 150 à 200 millions d'euros "sur plusieurs années". La nécessité d'un décret du Conseil d'Etat pour entrer dans le capital du groupe est balayé. "Pour la première fois, les régions ont décidé de servir de contre-pouvoir" afin de "limiter les dégâts", a fait valoir Mme Royal à l'issue de sa rencontre avec les syndicats.
Pas question pour autant de se substituer au groupe Lagardère, qui pourrait se désengager. "Les actionnaires privés sont suffisamment proches du pouvoir pour que le gouvernement actuel ait quand même les moyens, surtout en cette période sensible, de leur demander de rester stables dans le capital et respecter un peu les territoires", a affirmé la candidate.
Favorable à une recapitalisation par les Etats du groupe européen, Mme Royal précise qu'il s'agit d'un "plus", et non d'une possibilité de substitution. A la sortie, les syndicalistes se disaient tous "satisfaits". "Airbus n'est pas malade, il (n')a (que) la grippe", soulignait Bernard Gaillanou, délégué CFDT.