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Lundi 7 juillet 2008
LEMONDE.FR avec Reuters et AFP | 04.07.08 | 09h06  •  Mis à jour le 07.07.08 | 11h19

ntre 2002 et février 2008, la production et l'utilisation de biocarburants ont contribué à une flambée des prix des denrées alimentaires, révèle une étude confidentielle de la Banque mondiale publiée vendredi 4 juillet par le quotidien britannique The Guardian. Selon ce journal, l'étude a été conduite par un économiste de renom, Don Mitchell, et celle-ci n'a pas été rendue publique en raison de la charge polémique de ses conclusions.


Le résultat de cette enquête démontre, en effet, que les biocarburants sont responsables de la hausse des prix des denrées alimentaires de 75 % sur la période étudiée, un chiffre très loin des estimations jusqu'ici avancées. Ces résultats vont aussi à l'encontre des affirmations du gouvernement américain selon lesquells les agro-carburants ne contribueraient qu'à une hausse de 3 % des prix des denrées alimentaires.

Cette étude va accentuer la pression sur les gouvernements qui prétendent réduire leurs émissions de gaz a effet de serre et réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole.

UN FAISCEAU DE PHÉNOMÈNES

"Sans l'augmentation des biocarburants, les stocks mondiaux de blé et de maïs n'auraient jamais chuté aussi sensiblement et la hausse des prix due à d'autres facteurs aurait été modérée", peut-on lire dans le rapport rendu en avril aux responsables de la Banque mondiale.

La hausse généralisée des prix des denrées alimentaires a plongé depuis le début de l'année plus de cent millions de personnes dans les rues à travers le monde. Selon des experts, cette crise mondiale est le résultat d'un faisceau de phénomènes : sécheresse en Australie, flambée du prix du pétrole, utilisation croissante des terres pour la culture de biocarburants et spéculation sur le marché des matières premières.

La divulgation de ce rapport intervient alors que les chefs d'Etat et de gouvernement des pays industrialisés du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) se pencheront, du 7 au 9 juillet à Toyako, dans l'île de Hokkaïdo, au Japon, sur cette question de la crise alimentaire, et tenteront d'y apporter une réponse globale.

par Site des Chevenementistes publié dans : Ecologie, Energie, Agriculture
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Lundi 28 avril 2008
LEMONDE.FR | 24.04.08 | 19h24  •  Mis à jour le 28.04.08 | 14h04

L'intégralité du débat avec Jean-Christophe Bureau, chercheur à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), lundi 28 avril, à 10 h .


bb : Que sont les agrocarburants ? Y a-t-il une différence avec les biocarburants ?
Jean-Christophe Bureau :
Il n'y a pas de différence entre les deux. De plus en plus, on utilise le terme "agro" pour ne pas introduire de confusion avec les produits bio, sachant que les agrocarburants sont de plus en plus critiqués pour leur bilan écologique. Les agrocarburants sont essentiellement des substituts à l'essence : l'éthanol fait à partir de canne à sucre, de blé ou de betterave, et des substituts au diesel : des huiles faites à partir de colza, de soja ou d'huile de palme.

Julien_L. : Quelles céréales contribuent à la production d'agrocarburants ?

Pour les céréales destinées à l'éthanol, c'est surtout le blé, mais on peut en faire avec de l'orge, du seigle, etc.

TOTOVITCH : Peut-on avoir une réponse claire sur le bilan énergétique et environnemental des agrocarburants cultivés en France ? Il semble, en effet, que la seule étude publiée à ce sujet et commandée par l'Ademe soit entachée d'erreurs méthodologiques que l'Ademe aurait reconnues. Qu'en est-il vraiment ?
Il est très difficile de vous donner une réponse claire. Il y a peu d'études complètement indépendantes, et presque tous les chiffres publiés sont influencés par une industrie ou un groupe de pression, que ce soit les pétroliers, les céréaliers ou les betteraviers. J'ai recensé une cinquantaine d'études différentes sur le bilan environnemental, et les chiffres sont incroyablement divergents. L'étude de l'Ademe est parmi celles les plus favorables aux agrocarburants. Il en est d'autres qui trouvent un bilan beaucoup plus négatif en France. Le bilan énergétique (c'est-à-dire le rapport entre l'énergie fossile – le pétrole – économisée et utilisée) de l'éthanol à partir de blé est très médiocre. Le bilan des huiles de colza comme substitut au diesel est un peu meilleur, mais, dans les deux cas, si l'on tient compte des pollutions des eaux et d'autres aspects environnementaux, le bilan en termes d'environnement est très incertain.

bbb : Cultive-t-on déjà en masse ces agrocarburants, ou bien le débat est-il pour l'instant théorique ?
Dans trois pays, on les cultive déjà de manière importante. Il s'agit, en premier lieu, des Etats-Unis : plus de 40 % de la production mondiale (surtout de l'éthanol de maïs, mais de plus en plus du biodiesel). L'autre grand producteur est le Brésil, avec de la production d'éthanol de canne à sucre. Enfin, l'Union européenne est un producteur significatif, surtout l'Allemagne avec du colza pour le diesel.

Moka : Quel lien faites-vous entre le développement des agrocarburants et l'actuelle crise alimentaire ?

Il y a beaucoup de raisons convergentes à la hausse des prix agricoles qui crée cette crise alimentaire : la production d'agrocarburants est l'une d'entre elles, mais elle est très loin d'expliquer la hausse des prix à elle seule. Les principales raisons sont la hausse des prix du pétrole, donc des engrais, la demande des pays émergents pour des céréales, et sans doute, à court terme, de la spéculation. Les agrocarburants n'occupent qu'1 % des terres cultivables au monde, mais sur certains marchés comme le maïs, l'ambitieux programme américain d'éthanol, qui utilise plus d'un quart de la production américaine, contribue significativement à la hausse des prix. Comme on peut utiliser du blé ou du maïs dans l'alimentation animale, cette hausse se propage aux autres céréales.

Thierry : A-t-on évalué l'impact de la généralisation de la production d'agrocarburants sur les prix des produits alimentaires ?
L'INRA (l'Institut national de la recherche agronomique) en France, la FAO (l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), et l'International Food Policy Research Institute sont en train de travailler là-dessus. Il est assez difficile de mesurer la responsabilité des agrocarburants, car on a du mal à estimer la part de la spéculation dans la hausse des prix. Les chiffres préliminaires conduisent à penser que les programmes de biocarburants expliquent 10 à 25 % de la hausse des prix des céréales. C'est un chiffre bien plus faible pour les prix de l'alimentaire au consommateur en France, puisque les produits agricoles représentent en fait une part assez faible du produit fini.

kisifi : Il y a quelques semaines, la Banque mondiale a évoqué des manifestations violentes liées à la flambée des prix alimentaires dans plusieurs pays, dont Madagascar. J'habite Madagascar et je peux certifier que c'est faux, le prix du riz est même inférieur à celui de l'an passé. Est-ce que cette "crise alimentaire" actuelle qui sert d'argument aux opposants aux agrocarburants existe vraiment ?
Je suis à Paris, où la crise est peu visible, mais je ne crois quand même pas au complot. Les prix des céréales ont flambé. Si l'on considère que, il y a quelques années, le prix moyen du blé était de l'ordre de 90 euros la tonne, il est monté à 280 euros et est encore aujourd'hui autour de 190 euros. Cela peut traduire de la spéculation à court terme, mais, plus fondamentalement, une forte demande, et donc une tension sur les marchés. Dans le cas du riz, il faut voir que ce qui est échangé dans le commerce international est une part très faible de la production mondiale (de l'ordre de 7 %). La flambée des prix vient du fait que beaucoup de pays exportateurs ont instauré des interdictions d'exporter ou des taxes à l'exportation. Cela fait donc monter les prix, même si localement une bonne récolte peut les faire baisser. Peut-être est-ce le cas à Madagascar ? Je ne connais pas la situation.

zorg : Vous ne parlez pas de la France ? L'INRA se désintéresse-t-il du marché français ? Pouvez-vous nous préciser les régions françaises intéressées par la production de biocarburant et nous faire entrer dans le concret de notre économie ?
L'INRA travaille surtout sur la recherche, donc sur l'avenir, et ses travaux portent beaucoup sur les agrocarburants de deuxième génération, qui ne seront pas faits avec des céréales, mais avec des produits à fibres (cellulosiques, comme des graminées ou des arbustes). Les régions françaises concernées sont surtout pour l'instant les régions de grandes cultures (céréales et oléagineux), donc des plaines assez fertiles, mais si les agrocarburants de deuxième génération se développent, ils pourraient être cultivés dans des régions à sol plus pauvre, et entrer moins en concurrence avec la production alimentaire. Cependant, la recherche avance lentement, et ils ne seront pas prêts avant plusieurs années, dans des conditions économiques réalistes. Le département d'économie de l'INRA évalue les avantages et les inconvénients des soutiens aux agrocarburants sur un plan économique. Sans vouloir caricaturer, l'INRA a toujours été réservé sur l'intérêt des aides publiques aux agrocarburants, au moins de première génération.

Mateos : Est-ce la production d'agrocarburants elle-même ou les instruments politiques (directives européennes, Energy Act aux Etats-Unis) poussant à la production qui sont en cause ? Les agrocarburants ne se seraient pas développés en Europe et aux Etats-Unis sans des soutiens publics. Par contre, au Brésil, l'éthanol de canne à sucre peut tout à fait se développer sans aide publique. C'est aussi la production qui a le meilleur rendement énergétique. Ce qui est donc mis en cause, ce sont surtout les politiques américaine et européenne d'aide aux agrocarburants. En Europe, des directives européennes fixent des objectifs, mais les soutiens aux agrocarburants sont surtout des subventions et des défiscalisations nationales. La France, par exemple, a des objectifs plus ambitieux que les directives européennes, qui d'ailleurs ne fixent pas des taux obligatoires (ce sont de simples recommandations). Des pays comme la France et l'Allemagne font donc du "zèle".

sam : Même découplés de la production, les paiements directs de la PAC sont-ils une incitation à produire des graines pour les agrocarburants ? N'y a-t-il pas une faille dans la fameuse boîte verte de l'accord agricole de l'OMC ?
On ne peut pas accuser la PAC d'une chose et son contraire. Certains disent justement que ces aides, maintenant "découplées" (qui ne sont plus liées aux quantités produites), sont responsables du fait que l'agriculture européenne produit moins, et donc de la montée des cours mondiaux. C'est la thèse de certains syndicats agricoles français. Je ne crois pas personnellement que cela explique la hausse des prix, mais inversement, ce ne sont pas ces aides de la PAC qui favorisent la production d'agrocarburants. Il y a seulement une petite aide à l'hectare aux agrocarburants que la Commission européenne remet en cause et qui joue assez peu sur la production. Le soutien aux agrocarburants est bien davantage le fait des gouvernements des pays membres.

MESNARD_A_1 : Quelles sont les principales firmes ou groupes qui s'intéressent aux agrocarburants ? Quel est leur intérêt ?
La plupart des usines viennent d'investissements du monde agricole. Par exemple, une grosse usine d'éthanol de blé a été financée par des agriculteurs et un groupe sucrier qui leur appartient. Leur intérêt était de trouver un débouché lorsque les prix des céréales étaient très bas. Depuis, ils ont monté, ce qui pose le problème de la rentabilité de ces usines. Néanmoins, pour la profession agricole, cela peut être utile pour assurer un débouché à prix plus stables dans une période où les cours fluctuent. D'autres acteurs ont investi dans la filière, par exemple des groupes amidonniers, car ils pensent que, à terme, derrière les agrocarburants, il y a des molécules intéressantes pour l'industrie et que les produits agricoles seront une source de matières premières pour la chimie. Il s'agit donc pour beaucoup de maîtriser un processus technologique.

bartouc : Le palmier à huile en Asie du Sud-Est et la canne à sucre au Brésil attirent déjà les spéculateurs. Y a -t-il un remède à cela?

Je pense qu'ils n'attirent pas les spéculateurs, mais les investisseurs. Dans les deux cas, ce sont des plantes qui peuvent produire des agrocarburants à bas coût. Le problème est que, si la canne à sucre au Brésil peut encore s'étendre sans dommage écologique catastrophique, c'est assez rarement le cas du palmier à huile en Asie. D'autre part, on risque le développement de cette culture sur des zones de forêts vierges, aussi bien en Amérique qu'en Afrique.

Suzanne_Berthaut_1 : Notre planète ne serait-elle pas défigurée, spoliée, dévastée par un plan de masse pour les biocarburants ?
Si, on risque une déforestation massive, qui a déjà eu lieu en Indonésie, où la jungle a déjà disparu, qui est en train d'avoir lieu en Malaisie, et risque d'avoir lieu au Brésil et en Colombie. Le seul éclair d'optimisme serait que des agrocarburants de seconde génération puissent pousser sur certaines terres peu fertiles et soient une solution pour améliorer les revenus en Afrique, car on sait que l'on fait davantage attention à l'environnement dans des pays plus riches. C'est une idée que met en avant la FAO, mais certains experts sont critiques, même sur les agrocarburants de deuxième génération, faisant valoir que dès que l'on exporte de la matière organique du sol, on met en danger le sol en question.

FDL : Pourquoi la France tarde ainsi à investir sur les biocarburants de seconde génération ? L'Allemagne a déjà ouvert sa 1re usine ...
A l'heure actuelle, c'est une production qui n'est pas rentable sans subventions. Il me semble donc plus important de mettre l'argent du contribuable dans la recherche plutôt que dans les investissements. Il est trop tôt pour lancer des programmes ambitieux, car la technologie actuelle (qui date en fait des années 1930, ce qu'on appelle la "voie chimique" utilisée dans les usines dont vous parlez) n'est guère prometteuse. La voie la plus prometteuse consisterait à faire dégrader la cellulose par des bactéries (voie biologique). Cette technique progresse, mais est loin d'être opérationnelle, et n'est en tout cas pas viable économiquement. De plus, comme je le disais, même si la deuxième génération permettait de moins entrer en concurrence avec la production alimentaire, elle ne résout pas tous les problèmes. L'exportation de matières organiques, même avec des arbustes (taillis à courte rotation de bouleaux ou de saules) des graminées (switch grass) ou d'autres plantes (miscanthus), nécessitera des apports d'engrais minéraux, avec un impact environnemental sur les sols. La solution qui sera réellement durable sera sans doute une troisième génération à partir d'algues lipidiques. Là, on en est aux tous débuts de la recherche...

zorg : Lorsque je vais dans le Sud-Ouest, je rencontre des agriculteurs qui nous disent : "Utilisez les biocarburants ! Ce sera pour nous une source de revenus qui nous permettra d'assurer la relève du métier par les jeunes agriculteurs..." N'est-ce pas là un projet d'avenir pour nos agriculteurs en besoin de reconversion pour certains ?

C'est très exactement ce pourquoi la France a soutenu un programme d'agrocarburants ambitieux. La première raison était justement d'assurer des débouchés et des revenus à l'agriculture française. Les arguments d'indépendance énergétique et de réduction d'émissions de gaz à effet de serre ont toujours été un peu "pipeau". Le problème est que, depuis, les cours mondiaux se sont envolés, et il n'y a plus de problème de débouchés à court terme. Il faut garder la tête froide : les agrocarburants peuvent sans doute aider le secteur agricole si ses prix mondiaux baissent, et en tout cas pourraient permettre, à mon avis, de réduire les effets de la volatilité des cours pour les agriculteurs qui pourraient contracter une partie de leurs récoltes à prix stables. Ils n'ont donc pas que des inconvénients.

Moz : Si les agrocarburants peuvent se présenter comme une "solution" dans les pays du Nord, dans quelles mesures seraient-ils positifs pour les pays du Sud, notamment l'Afrique? Serait-ce une option viable et bénéfique pour ces populations?
Les agriculteurs des pays du Sud ont été laminés par des décennies de prix bas. Et aussi par la concurrence déloyale des produits subventionnés des pays du Nord. Un marché des agrocarburants pourrait donc les aider. La FAO voit dans cette évolution une opportunité pour des agriculteurs du Sud. Dans le cas de la première génération, il faut des terres fertiles. Il est sans doute possible de développer de la canne à sucre et du palmier à huile en Afrique, mais il est douteux que les petits paysans en tirent les principaux bénéfices. L'effet bénéfique des agrocarburants me semble surtout de tirer les prix des céréales vers le haut, ce qui redonne un intérêt économique aux cultures de mil ou de sorgho traditionnelles. Par contre, si les agriculteurs africains y trouvent un intérêt, les consommateurs urbains africains subissent la hausse des prix de plein fouet. Le défi est de faire en sorte que les paysans africains répondent à ces prix élevés et puissent réapprovisionner les villes qui ont pris l'habitude de se nourrir de produits importés. La difficulté est énorme, car il y a de nombreux obstacles à lever : infrastructures qui manquent, insécurité foncière, accès aux crédits, accès aux engrais, etc.

Z.Safwan : Quelles solutions préconisez-vous pour éviter une crise alimentaire à l'échelle mondiale?
Il faut distinguer des mesures d'urgence, comme celles prônées par Michel Barnier (ministre français de l'agriculture) ou Gordon Brown (premier ministre britannique), et des mesures de plus long terme. La population mondiale est passée de 2 à 7 milliards d'habitants en un peu plus d'un siècle. Il est clair que se posera un problème de ressources. Pour l'instant, c'est surtout le déséquilibre de pouvoir d'achat qui rend pessimiste, car il est probable qu'on continue à remplir le réservoir des voitures américaines avant de donner à manger à un Sahélien. Les solutions impliquent un changement de l'alimentation dans le sens de moins de protéines animales (il faut beaucoup de kilos de céréales pour produire un kilo de viande, et il serait écologiquement plus sensé de devenir davantage végétariens), mais aussi de ne pas mobiliser trop de surfaces pour les agrocarburants.

bb : Que sont les agrocarburants ? Y a-t-il une différence avec les biocarburants ?
Jean-Christophe Bureau :
Il n'y a pas de différence entre les deux. De plus en plus, on utilise le terme "agro" pour ne pas introduire de confusion avec les produits bio, sachant que les agrocarburants sont de plus en plus critiqués pour leur bilan écologique. Les agrocarburants sont essentiellement des substituts à l'essence : l'éthanol fait à partir de canne à sucre, de blé ou de betterave, et des substituts au diesel : des huiles faites à partir de colza, de soja ou d'huile de palme.

Julien_L. : Quelles céréales contribuent à la production d'agrocarburants ?

Pour les céréales destinées à l'éthanol, c'est surtout le blé, mais on peut en faire avec de l'orge, du seigle, etc.

TOTOVITCH : Peut-on avoir une réponse claire sur le bilan énergétique et environnemental des agrocarburants cultivés en France ? Il semble, en effet, que la seule étude publiée à ce sujet et commandée par l'Ademe soit entachée d'erreurs méthodologiques que l'Ademe aurait reconnues. Qu'en est-il vraiment ?
Il est très difficile de vous donner une réponse claire. Il y a peu d'études complètement indépendantes, et presque tous les chiffres publiés sont influencés par une industrie ou un groupe de pression, que ce soit les pétroliers, les céréaliers ou les betteraviers. J'ai recensé une cinquantaine d'études différentes sur le bilan environnemental, et les chiffres sont incroyablement divergents. L'étude de l'Ademe est parmi celles les plus favorables aux agrocarburants. Il en est d'autres qui trouvent un bilan beaucoup plus négatif en France. Le bilan énergétique (c'est-à-dire le rapport entre l'énergie fossile – le pétrole – économisée et utilisée) de l'éthanol à partir de blé est très médiocre. Le bilan des huiles de colza comme substitut au diesel est un peu meilleur, mais, dans les deux cas, si l'on tient compte des pollutions des eaux et d'autres aspects environnementaux, le bilan en termes d'environnement est très incertain.

bbb : Cultive-t-on déjà en masse ces agrocarburants, ou bien le débat est-il pour l'instant théorique ?
Dans trois pays, on les cultive déjà de manière importante. Il s'agit, en premier lieu, des Etats-Unis : plus de 40 % de la production mondiale (surtout de l'éthanol de maïs, mais de plus en plus du biodiesel). L'autre grand producteur est le Brésil, avec de la production d'éthanol de canne à sucre. Enfin, l'Union européenne est un producteur significatif, surtout l'Allemagne avec du colza pour le diesel.

Moka : Quel lien faites-vous entre le développement des agrocarburants et l'actuelle crise alimentaire ?

Il y a beaucoup de raisons convergentes à la hausse des prix agricoles qui crée cette crise alimentaire : la production d'agrocarburants est l'une d'entre elles, mais elle est très loin d'expliquer la hausse des prix à elle seule. Les principales raisons sont la hausse des prix du pétrole, donc des engrais, la demande des pays émergents pour des céréales, et sans doute, à court terme, de la spéculation. Les agrocarburants n'occupent qu'1 % des terres cultivables au monde, mais sur certains marchés comme le maïs, l'ambitieux programme américain d'éthanol, qui utilise plus d'un quart de la production américaine, contribue significativement à la hausse des prix. Comme on peut utiliser du blé ou du maïs dans l'alimentation animale, cette hausse se propage aux autres céréales.

Thierry : A-t-on évalué l'impact de la généralisation de la production d'agrocarburants sur les prix des produits alimentaires ?
L'INRA (l'Institut national de la recherche agronomique) en France, la FAO (l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), et l'International Food Policy Research Institute sont en train de travailler là-dessus. Il est assez difficile de mesurer la responsabilité des agrocarburants, car on a du mal à estimer la part de la spéculation dans la hausse des prix. Les chiffres préliminaires conduisent à penser que les programmes de biocarburants expliquent 10 à 25 % de la hausse des prix des céréales. C'est un chiffre bien plus faible pour les prix de l'alimentaire au consommateur en France, puisque les produits agricoles représentent en fait une part assez faible du produit fini.

kisifi : Il y a quelques semaines, la Banque mondiale a évoqué des manifestations violentes liées à la flambée des prix alimentaires dans plusieurs pays, dont Madagascar. J'habite Madagascar et je peux certifier que c'est faux, le prix du riz est même inférieur à celui de l'an passé. Est-ce que cette "crise alimentaire" actuelle qui sert d'argument aux opposants aux agrocarburants existe vraiment ?
Je suis à Paris, où la crise est peu visible, mais je ne crois quand même pas au complot. Les prix des céréales ont flambé. Si l'on considère que, il y a quelques années, le prix moyen du blé était de l'ordre de 90 euros la tonne, il est monté à 280 euros et est encore aujourd'hui autour de 190 euros. Cela peut traduire de la spéculation à court terme, mais, plus fondamentalement, une forte demande, et donc une tension sur les marchés. Dans le cas du riz, il faut voir que ce qui est échangé dans le commerce international est une part très faible de la production mondiale (de l'ordre de 7 %). La flambée des prix vient du fait que beaucoup de pays exportateurs ont instauré des interdictions d'exporter ou des taxes à l'exportation. Cela fait donc monter les prix, même si localement une bonne récolte peut les faire baisser. Peut-être est-ce le cas à Madagascar ? Je ne connais pas la situation.

zorg : Vous ne parlez pas de la France ? L'INRA se désintéresse-t-il du marché français ? Pouvez-vous nous préciser les régions françaises intéressées par la production de biocarburant et nous faire entrer dans le concret de notre économie ?
L'INRA travaille surtout sur la recherche, donc sur l'avenir, et ses travaux portent beaucoup sur les agrocarburants de deuxième génération, qui ne seront pas faits avec des céréales, mais avec des produits à fibres (cellulosiques, comme des graminées ou des arbustes). Les régions françaises concernées sont surtout pour l'instant les régions de grandes cultures (céréales et oléagineux), donc des plaines assez fertiles, mais si les agrocarburants de deuxième génération se développent, ils pourraient être cultivés dans des régions à sol plus pauvre, et entrer moins en concurrence avec la production alimentaire. Cependant, la recherche avance lentement, et ils ne seront pas prêts avant plusieurs années, dans des conditions économiques réalistes. Le département d'économie de l'INRA évalue les avantages et les inconvénients des soutiens aux agrocarburants sur un plan économique. Sans vouloir caricaturer, l'INRA a toujours été réservé sur l'intérêt des aides publiques aux agrocarburants, au moins de première génération.

Mateos : Est-ce la production d'agrocarburants elle-même ou les instruments politiques (directives européennes, Energy Act aux Etats-Unis) poussant à la production qui sont en cause ? Les agrocarburants ne se seraient pas développés en Europe et aux Etats-Unis sans des soutiens publics. Par contre, au Brésil, l'éthanol de canne à sucre peut tout à fait se développer sans aide publique. C'est aussi la production qui a le meilleur rendement énergétique. Ce qui est donc mis en cause, ce sont surtout les politiques américaine et européenne d'aide aux agrocarburants. En Europe, des directives européennes fixent des objectifs, mais les soutiens aux agrocarburants sont surtout des subventions et des défiscalisations nationales. La France, par exemple, a des objectifs plus ambitieux que les directives européennes, qui d'ailleurs ne fixent pas des taux obligatoires (ce sont de simples recommandations). Des pays comme la France et l'Allemagne font donc du "zèle".

sam : Même découplés de la production, les paiements directs de la PAC sont-ils une incitation à produire des graines pour les agrocarburants ? N'y a-t-il pas une faille dans la fameuse boîte verte de l'accord agricole de l'OMC ?
On ne peut pas accuser la PAC d'une chose et son contraire. Certains disent justement que ces aides, maintenant "découplées" (qui ne sont plus liées aux quantités produites), sont responsables du fait que l'agriculture européenne produit moins, et donc de la montée des cours mondiaux. C'est la thèse de certains syndicats agricoles français. Je ne crois pas personnellement que cela explique la hausse des prix, mais inversement, ce ne sont pas ces aides de la PAC qui favorisent la production d'agrocarburants. Il y a seulement une petite aide à l'hectare aux agrocarburants que la Commission européenne remet en cause et qui joue assez peu sur la production. Le soutien aux agrocarburants est bien davantage le fait des gouvernements des pays membres.

MESNARD_A_1 : Quelles sont les principales firmes ou groupes qui s'intéressent aux agrocarburants ? Quel est leur intérêt ?
La plupart des usines viennent d'investissements du monde agricole. Par exemple, une grosse usine d'éthanol de blé a été financée par des agriculteurs et un groupe sucrier qui leur appartient. Leur intérêt était de trouver un débouché lorsque les prix des céréales étaient très bas. Depuis, ils ont monté, ce qui pose le problème de la rentabilité de ces usines. Néanmoins, pour la profession agricole, cela peut être utile pour assurer un débouché à prix plus stables dans une période où les cours fluctuent. D'autres acteurs ont investi dans la filière, par exemple des groupes amidonniers, car ils pensent que, à terme, derrière les agrocarburants, il y a des molécules intéressantes pour l'industrie et que les produits agricoles seront une source de matières premières pour la chimie. Il s'agit donc pour beaucoup de maîtriser un processus technologique.

bartouc : Le palmier à huile en Asie du Sud-Est et la canne à sucre au Brésil attirent déjà les spéculateurs. Y a -t-il un remède à cela?

Je pense qu'ils n'attirent pas les spéculateurs, mais les investisseurs. Dans les deux cas, ce sont des plantes qui peuvent produire des agrocarburants à bas coût. Le problème est que, si la canne à sucre au Brésil peut encore s'étendre sans dommage écologique catastrophique, c'est assez rarement le cas du palmier à huile en Asie. D'autre part, on risque le développement de cette culture sur des zones de forêts vierges, aussi bien en Amérique qu'en Afrique.

Suzanne_Berthaut_1 : Notre planète ne serait-elle pas défigurée, spoliée, dévastée par un plan de masse pour les biocarburants ?
Si, on risque une déforestation massive, qui a déjà eu lieu en Indonésie, où la jungle a déjà disparu, qui est en train d'avoir lieu en Malaisie, et risque d'avoir lieu au Brésil et en Colombie. Le seul éclair d'optimisme serait que des agrocarburants de seconde génération puissent pousser sur certaines terres peu fertiles et soient une solution pour améliorer les revenus en Afrique, car on sait que l'on fait davantage attention à l'environnement dans des pays plus riches. C'est une idée que met en avant la FAO, mais certains experts sont critiques, même sur les agrocarburants de deuxième génération, faisant valoir que dès que l'on exporte de la matière organique du sol, on met en danger le sol en question.

FDL : Pourquoi la France tarde ainsi à investir sur les biocarburants de seconde génération ? L'Allemagne a déjà ouvert sa 1re usine ...
A l'heure actuelle, c'est une production qui n'est pas rentable sans subventions. Il me semble donc plus important de mettre l'argent du contribuable dans la recherche plutôt que dans les investissements. Il est trop tôt pour lancer des programmes ambitieux, car la technologie actuelle (qui date en fait des années 1930, ce qu'on appelle la "voie chimique" utilisée dans les usines dont vous parlez) n'est guère prometteuse. La voie la plus prometteuse consisterait à faire dégrader la cellulose par des bactéries (voie biologique). Cette technique progresse, mais est loin d'être opérationnelle, et n'est en tout cas pas viable économiquement. De plus, comme je le disais, même si la deuxième génération permettait de moins entrer en concurrence avec la production alimentaire, elle ne résout pas tous les problèmes. L'exportation de matières organiques, même avec des arbustes (taillis à courte rotation de bouleaux ou de saules) des graminées (switch grass) ou d'autres plantes (miscanthus), nécessitera des apports d'engrais minéraux, avec un impact environnemental sur les sols. La solution qui sera réellement durable sera sans doute une troisième génération à partir d'algues lipidiques. Là, on en est aux tous débuts de la recherche...

zorg : Lorsque je vais dans le Sud-Ouest, je rencontre des agriculteurs qui nous disent : "Utilisez les biocarburants ! Ce sera pour nous une source de revenus qui nous permettra d'assurer la relève du métier par les jeunes agriculteurs..." N'est-ce pas là un projet d'avenir pour nos agriculteurs en besoin de reconversion pour certains ?

C'est très exactement ce pourquoi la France a soutenu un programme d'agrocarburants ambitieux. La première raison était justement d'assurer des débouchés et des revenus à l'agriculture française. Les arguments d'indépendance énergétique et de réduction d'émissions de gaz à effet de serre ont toujours été un peu "pipeau". Le problème est que, depuis, les cours mondiaux se sont envolés, et il n'y a plus de problème de débouchés à court terme. Il faut garder la tête froide : les agrocarburants peuvent sans doute aider le secteur agricole si ses prix mondiaux baissent, et en tout cas pourraient permettre, à mon avis, de réduire les effets de la volatilité des cours pour les agriculteurs qui pourraient contracter une partie de leurs récoltes à prix stables. Ils n'ont donc pas que des inconvénients.

Moz : Si les agrocarburants peuvent se présenter comme une "solution" dans les pays du Nord, dans quelles mesures seraient-ils positifs pour les pays du Sud, notamment l'Afrique? Serait-ce une option viable et bénéfique pour ces populations?
Les agriculteurs des pays du Sud ont été laminés par des décennies de prix bas. Et aussi par la concurrence déloyale des produits subventionnés des pays du Nord. Un marché des agrocarburants pourrait donc les aider. La FAO voit dans cette évolution une opportunité pour des agriculteurs du Sud. Dans le cas de la première génération, il faut des terres fertiles. Il est sans doute possible de développer de la canne à sucre et du palmier à huile en Afrique, mais il est douteux que les petits paysans en tirent les principaux bénéfices. L'effet bénéfique des agrocarburants me semble surtout de tirer les prix des céréales vers le haut, ce qui redonne un intérêt économique aux cultures de mil ou de sorgho traditionnelles. Par contre, si les agriculteurs africains y trouvent un intérêt, les consommateurs urbains africains subissent la hausse des prix de plein fouet. Le défi est de faire en sorte que les paysans africains répondent à ces prix élevés et puissent réapprovisionner les villes qui ont pris l'habitude de se nourrir de produits importés. La difficulté est énorme, car il y a de nombreux obstacles à lever : infrastructures qui manquent, insécurité foncière, accès aux crédits, accès aux engrais, etc.

Z.Safwan : Quelles solutions préconisez-vous pour éviter une crise alimentaire à l'échelle mondiale?
Il faut distinguer des mesures d'urgence, comme celles prônées par Michel Barnier (ministre français de l'agriculture) ou Gordon Brown (premier ministre britannique), et des mesures de plus long terme. La population mondiale est passée de 2 à 7 milliards d'habitants en un peu plus d'un siècle. Il est clair que se posera un problème de ressources. Pour l'instant, c'est surtout le déséquilibre de pouvoir d'achat qui rend pessimiste, car il est probable qu'on continue à remplir le réservoir des voitures américaines avant de donner à manger à un Sahélien. Les solutions impliquent un changement de l'alimentation dans le sens de moins de protéines animales (il faut beaucoup de kilos de céréales pour produire un kilo de viande, et il serait écologiquement plus sensé de devenir davantage végétariens), mais aussi de ne pas mobiliser trop de surfaces pour les agrocarburants.



 

par Site des Chevenementistes publié dans : Ecologie, Energie, Agriculture
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Lundi 2 octobre 2006
    Un jeune faucheur anti-OGM a été condamné, vendredi 29 septembre, par le tribunal correctionnel d'Alès, à 500 euros d'amende pour avoir refusé de donner son ADN après un jugement pour arrachage de betteraves transgéniques. Il a décidé de faire appel de cette condamnation, poursuivant son combat contre le fichage génétique.

Benjamin Deceuninck, maraîcher "bio" de 26 ans dans les basses Cévennes, avait comparu le 25 août devant le tribunal pour "refus, par personne condamnée pour délit, de se soumettre au prélèvement destiné à l'authentification de son empreinte génétique". Le tribunal avait mis son jugement en délibéré à ce vendredi. La procureure avait requis 500 euros d'amende contre le jeune faucheur, qui avait fait valoir un "devoir de résistance par rapport à une démarche autoritaire".

M. Deceuninck faisait partie des "onze d'Avelin" (Nord) qui, en septembre 2001, avaient arraché des plantations expérimentales de betteraves transgéniques de la société Adventa. Ils avaient été jugés à Lille en septembre 2005 et condamnés à des peines d'un à deux mois de prison avec sursis et, collectivement, à 5 000 euros de dommages et intérêts. M. Deceuninck, qui avait écopé d'un mois de prison avec sursis, avait été convoqué en juin 2006 pour un relevé d'empreintes génétiques à la gendarmerie de Saint-Martin-de-Valgalgues (Gard), auquel il avait refusé de se soumettre.

"COMITÉ NATIONAL"

Annonçant qu'il allait faire appel de sa condamnation, Benjamin Deceuninck a déclaré vendredi : "On ne pouvait pas s'arrêter là. On appelle tous ceux concernés à refuser le prélèvement d'ADN à nous rejoindre au sein d'un comité national. On ira en cassation et en Cour européenne des droits de l'homme pour casser cette loi."

Il a également réagi à des propos du procureur de la République d'Alès, Christian Pasta, à son sujet, publiés dans Le Monde du 26 septembre. "Tant qu'il refusera le prélèvement, j'engagerai à nouveau des poursuites et il sera reconvoqué. On peut le mettre au trou pour récidive", déclarait M. Pasta, évoquant un "délit continu". "On se soumet ou on entre en résistance. Aujourd'hui, la justice ne nous donne pas le choix", a affirmé l'agriculteur.

Le jeune faucheur a reçu le soutien de la Confédération paysanne, de la Confédération nationale du travail (CNT), de la CGT et du Syndicat de la magistrature. Pour Nicolas Duntze, porte-parole de la Confédération paysanne du Languedoc-Roussillon, cette condamnation signifie "que la double peine existe", et qu'"on rentre dans un cycle pervers de poursuites et dans l'application d'une répression durable et permanente".

Le Syndicat de la magistrature (SM), classé à gauche, avait dénoncé fin août l'extension du fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) et "le détournement de ses finalités initiales". Pour le SM, le cas de M. Deceuninck "illustre une nouvelle fois les effets de l'extension du champ d'application du Fnaeg", prévu initialement en 1998 pour les délinquants et criminels sexuels, et désormais applicable à d'autres types d'infractions comme les vols, destructions ou dégradations, depuis les lois de sécurité intérieure de mars 2003 et Perben II de mars 2004.

par Le Monde publié dans : Ecologie, Energie, Agriculture
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Lundi 4 septembre 2006
Nous approchons du moment (vers 2010) où la production mondiale de pétrole va diminuer progressivement (pic de Hubbert). Depuis plus d’un an, la demande en produits pétroliers est supérieure à l’offre, ce qui est à l’origine de l’augmentation du prix. Ce n’est pas une crise conjoncturelle, mais durable. Les nouveaux gisements ne pourront résoudre le problème.

 Par ailleurs, l’augmentation de température liée à l’effet de serre est maintenant mesurable. Selon les scientifiques, elle serait au 21ème siècle d’un niveau bien supérieur à celui du passé (entre 2 et 6°C, contre 0,6 à 1°C en moyenne). Une augmentation de 5 à 6 degrés en un siècle serait une amplitude comparable à ce qui se produisait sur plus d’un million d’années (ce qui laissait le temps aux espèces animales et, surtout, végétales, de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques).

En fait, depuis 10 000 ans, la terre a connu une période de grande stabilité des températures, ce qui a été un élément favorable au développement des civilisations. D’autres périodes furent marquées par l’extension des glaciers (tous les 100 000 ans sous nos latitudes) ou par les éruptions volcaniques, ce qui provoqua la disparition de nombreuses espèces.

On sait maintenant qu’en rejetant du gaz carbonique dans l’atmosphère, on contribue à l’effet de serre et, donc, au réchauffement climatique.

La consommation d’énergie mondiale augmente de 2 à 3% par an (doublement en une trentaine d’années). Actuellement, elle provient, pour 80%, de l’énergie fossile, et les 20% restants se répartissent entre la biomasse, le nucléaire, l’hydraulique, et, dans une moindre mesure, le solaire et l’éolien.

Stabiliser l’augmentation de température implique de réduire les émanations de gaz carbonique de moitié en 30 ans.

 Si nous consommons 100 d’énergie aujourd’hui (dont 80 venant de l’énergie fossile), nos besoins en énergie seront 200 dans 30 ans (dont seulement 40 devraient provenir de l’énergie fossile). Au lieu de 20 actuellement, c’est 160 qui devraient être issus des autres énergies.

 Or, l’hydraulique a des limites physiques, la biomasse aussi, mais dans une moindre mesure. Les biocarburants seront limités par la capacité de production des agriculteurs. Le nucléaire pose le problème de la prolifération des armes réalisées à partir du combustible des réacteurs et ne peut, donc, être généralisé au niveau mondial.  

Les énergies alternatives ont chacune leurs avantages mais aussi leurs inconvénients et limites. La production d’électricité à partir des éoliennes et de cellules photovoltaïques doit être interrompue par manque de vent ou de soleil, mais aussi quand les vents sont excessifs, ce qui en limite le fonctionnement réel à 20 ou 25% du temps. Il est nécessaire d’installer en complément une source de production électrique de puissance équivalente qui apporte le déficit. Les centrales nucléaires, qui ont trop d’inertie, ne peuvent le faire. Seules des centrales hydrauliques ou thermiques sont adaptées aux demandes de pics énergétiques. Mais il faut veiller à l’effet de serre et à la cohérence d’ensemble de la production énergétique.

 Les biocarburants n’ayant pas ces inconvénients, il est possible de les développer au maximum des capacités de production. Ce ne sera pas suffisant pour remplacer complètement les sources d’hydrocarbures actuelles.

 La France dispose d’un atout : elle maîtrise la technologie et a la capacité de développer son potentiel nucléaire civil. En dépit d’inconvénients majeurs liés aux déchets qu’il faut stocker, ce qui suscite des oppositions citoyennes très fortes qui se manifestent notamment à l’occasion des enquêtes publiques précédant la construction de l’EPR et des lignes à très haute tension, la nécessité du nucléaire, sous réserve d’une utilisation plus rationnelle et réellement complémentaire des autres sources d’énergie, ne peut être écartée à court et moyen termes.

 Toutefois, l’uranium est un minerai dont les réserves sont limitées, comme celles des énergies fossiles. La limite est estimée à 70 ans avec la consommation actuelle. Il est très important de savoir comment peut évoluer cette filière. Les nouvelles centrales EPR (Réacteurs à Eau Pressurisée) sont appelées à remplacer celles des années 1970, en attendant les réacteurs de 4ème génération fonctionnant au plutonium, non présent à l’état naturel, mais il est produit en petite quantité dans les centrales actuelles.

Le plutonium, qui est assimilé à un déchet dans les conditions de production actuelles, deviendrait un combustible, dont les réserves seraient ainsi multipliées par 50 à 100. C’est cette perspective qui est à l’origine du grand projet mondial de recherche nucléaire sur la fusion contrôlée, qu’il est prévu d’installer en France sur le site de Cadarache, en coopération avec l’ensemble des pays concernés. Ces recherches seront longues et onéreuses, mais à comparer avec les sommes investies actuellement dans les énergies fossiles. Le développement de cette filière permet d’envisager la suppression des déchets directs et une pérennité liée à des réserves quasi sans limites.

 Reste le problème des déchets nucléaires qu’il faut résoudre, soit par l’enfouissement, qui est la solution actuellement à l’étude, mais il existe une autre solution possible qui doit être prise au sérieux : la transmutation des éléments les plus dangereux.

Le projet de loi Bataille sur les déchets nucléaires présente trois volets :

Le développement de la recherche sur la séparation et la transmutation des éléments radioactifs à longue vie.

L’étude des possibilités de stockage dans des formations géologiques profondes.

L’étude des procédés de conditionnement et d’entreposage de longue durée afin d’éviter toute dispersion.

Il s’agit de résoudre le problème des 500 tonnes de déchets nucléaires produits en France chaque année par les centrales. On peut penser que ce n’est pas plus difficile que de s’attaquer au problème des centaines de millions de tonnes de produits chimiques liés à notre consommation.

 En conclusion, et pour résumer les choix énergétiques et leurs conséquences, nous avons trois types d’attitudes, dont deux sont intenables :

 Le premier est de continuer à consommer les énergies fossiles. Les réserves sont, environ, de 40 ans pour le pétrole, 70 ans pour le gaz, 200 ans pour le charbon. Les pénuries de pétrole et de gaz sont proches et l’effet de serre, avec ses incidences sur le changement climatique, oblige à diminuer la consommation de charbon.

Le second consiste à miser uniquement sur les énergies renouvelables. C’est le choix du non-développement (ou de la décroissance) qui risque d'être durable.

Le troisième, le seul viable, vise à répondre aux besoins de croissance et de développement du pays par les trois moyens que sont les énergies renouvelables, le nucléaire et les économies d’énergie, en étant attentifs à l’efficacité des énergies et à leur complémentarité. Car la diminution de la consommation des énergies fossiles (pénurie et répercussion sur le climat) est incontournable.

par Gérard PIERRE délégué national MRC aux énergies publié dans : Ecologie, Energie, Agriculture
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